L’œil du collectionneur par Jean-luc Ferrand

VERNET Horace

lundi 2 mai 2016, par Barbara Cogollos

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L’huile sur toile que nous vous présentons est une œuvre du 19ème siècle inspirée d’un tableau peint par Horace VERNET en 1831 intitulé Judith et Holopherne. VERNET présente ce tableau cette même année au salon de l’Académie des Beaux-Arts alors qu’il réside à la villa Médicis de Rome, dont il est l’actuel directeur.


Horace VERNET est un artiste issu d’une grande dynastie de peintres : Claude-Joseph son grand-père (peintre de marine essentiellement) et Carle, son père (peintre de scène de genre, et de représentations de chevaux). Grâce à cette descendance glorieuse, Horace VERNET n’a pas eu besoin de concourir pour le prix de Rome ni pour être élu à l’institut en 1826. Ses professeurs se composent de son entourage du quotidien. Il est tout de même formé dans l’atelier de Vincent, qui est à l’époque un fervent concurrent du grand atelier de Jacques-Louis David. VERNET part une première fois en Italie en 1820 et, devient plus tard le directeur de la villa Médicis de 1828 à 1835. Horace VERNET n’a donc pas eu une éducation artistique académique classique, il parvient malgré tout à s’imposer auprès de ses contemporains.

Horace VERNET développe plusieurs genres picturaux notamment les thèmes bibliques et les portraits. Il est également le narrateur officiel des gloires de tous les régimes et excelle dans la représentation de scènes de bataille : la guerre de Crimée, les batailles napoléoniennes ou encore les « hauts faits » des campagnes d’Algérie où il part avec le corps expéditionnaire. Ces campagnes alimentent son besoin d’exotisme et l’amènent à effectuer un voyage en Orient d’où il puise son inspiration pour ses tableaux. Le talent d’Horace VERNET tient avant tout de sa fidélité de représentation mais surtout de sa rapidité d’exécution, qui semble être une qualité essentielle pour peindre de tels sujets. Charles Blanc, biographe de la dynastie Vernet, dit du peintre qu’il avait « deux facultés précieuses, l’imagination et la mémoire, qui se confondaient chez lui et n’en faisaient qu’une ». Il est pour cela un des grands peintres du 19ème siècle.

Le Livre de Judith, extrait de la Bible, raconte que Nabuchodonosor roi assyrien envoie l’un de ses meilleurs généraux, Holopherne à la conquête d’Israël. Son armée dévaste tout sur son passage et assiège la ville nommée Bethulie. Pour sauver son peuple, Judith décide de se rendre accompagnée de sa servante au camp d’Holopherne en lui faisant croire qu’elle lui apporte de précieuses informations sur les Juifs. Charmé par sa beauté, il accepte de l’écouter et l’invite à un festin, puis à le suivre dans sa tente où il se couche ivre mort. Judith profite alors de ce moment pour lui trancher la tête et la rapporter à son peuple. Ce thème a été beaucoup repris par les artistes et ce, depuis le Moyen-âge. Nous pouvons citer des grands noms de la peinture comme le Caravage, Giuseppe Cesari, Donatello, Gentileschi ou encore Gustav Klimt.

Recherchant l’exotisme et inspiré par l’orientalisme en vogue à l’époque, Horace VERNET choisit ce thème biblique et immortalise l’instant au paroxysme de la scène. En effet, Judith est sur le point de décapiter Holopherne endormi à l’inverse des nombreuses autres interprétations, ce parti pris lui vaut de virulentes critiques lors de sa première exposition, en 1831 : Le Constitutionnel parle du tableau, « la Judith de Vernet n’est absolument pas biblique ». Il en va de même auprès du Journal des débats qui reproche au peintre d’avoir réduit le sujet « à des dimensions trop mondaines, et même romanesques. […] ».

Dans les versions classiques et convenues, les artistes optent pour une figure de Judith en train de décapiter Holopherne ou bien lorsqu’elle tient déjà dans sa main la tête de son ennemi. Horace VERNET, quant à lui, ne s’inscrit pas dans cette tradition, en effet, il choisi d’évoquer l’acte sexuel et de l’amplifier avec une figure repoussante d’Holopherne endormi. Un vêtement violet noué rapidement autour de ses hanches souligne l’acte charnel entre les deux personnages dont Judith vient tout juste de se libérer. Elle tient dans sa main droite le cimeterre destiné à trancher la tête d’Holopherne. On sent dans ce personnage la force de volonté et le courage car Horace VERNET prend soin de la représenter dans la puissance du mouvement.

Quant à la figure d’Holopherne, l’artiste peint une figure peu séduisante dont la bouche ouverte et les bras ballants suggèrent la présence de Judith quelques secondes auparavant. Delécluze décrit « le général assyrien couché, et par la disposition de ses bras autour des coussins, ainsi qu’à l’expression de joie mêlée à son sommeil, on devine qu’un rêve flatteur, illusoire, accompagne son repos ». Horace VERNET ne s’inscrit donc pas dans la lignée des auteurs ayant repris ce thème avant lui, il fait preuve en cela d’une grande modernité pour son époque.

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