L’œil du collectionneur par Jean-luc Ferrand

Grande table basse de ALDO TURA

vendredi 19 août 2016, par Barbara Cogollos

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Aldo TURA (1909 -1963) est un designer de meubles, spécialisé dans les meubles tapissés de parchemin. Né à Forli, il commence à s’intéresser aux métiers liés à la création de mobilier dans les années 1930. Expatrié pendant le fascisme, il s’installe en France où il reste jusqu’à la fin de la guerre. C’est là qu’il apprend à travailler le parchemin dans le style Art Déco français. Il s’en détache cependant rapidement : après le mouvement Art Déco porté sur des lignes géométriques, TURA conçoit des pièces aux formes et aux lignes fluides. Après son retour en Italie à la fin de la guerre, il ouvre un atelier à Milan, puis en 1960 il ouvre une usine à Lazzate, en Lombardie. Principalement actif entre la fin des années 40 et les années 50, Aldo TURA est un personnage éclectique, à la fois designer et artiste.

Caractérisés par un style inédit qui va à contre-courant de la rigueur rationaliste, les meubles d’Aldo TURA comptent parmi les rares exemples de mobiliers italiens en parchemin. Ses meubles, d’un artisanat haut de gamme, sont produits en séries limitées : il s’agit de « meubles-sculptures », issus d’une inspiration forte et novatrice, qui peuvent aussi bien avoir des formes inhabituelles qu’être décorés d’illustrations d’architectures ou de cavaliers médiévaux.

En raison de son habileté exceptionnelle en tant qu’artisan et artiste, il expérimente une large gamme de matériaux comme la coquille d’œuf, le parchemin, le cuir ou encore le placage de bois. L’habillage d’un meuble en parchemin est particulièrement minutieux et comporte de nombreuses étapes délicates notamment pour le traitement de la peau. Ceci traduit parfaitement l’ambition de TURA de créer des pièces exceptionnelles et esthétiques avec des matériaux naturels.

Dans les années 40 et 50, les meubles italiens constituent un nouvel artisanat de luxe qui séduit les riches collectionneurs occidentaux, particulièrement aux États-Unis et en Allemagne. Dans ce contexte, le luxe et la créativité des meubles de TURA séduisent rapidement les clients et les designers, qui trouvent dans ses créations une alternative à la rigueur fonctionnelle du mobilier de cette époque.
Dans son répertoire, les tables dessertes occupent une place privilégiée : particulièrement riches et élaborées, elles sont faites de plateaux en parchemin avec des détails en cuivre. Outre le mobilier, le « maître du parchemin » s’intéresse également à d’autres objets : il conçoit des services à café, des seaux à glace, des vases ou encore des miroirs.

On note depuis quelques années un regain d’intérêt pour les meubles d’Aldo TURA, qui sont souvent présents dans les ventes aux enchères de design italien, où ils sont acquis pour des sommes importantes.
Plusieurs ventes récentes sont particulièrement notables : chez Christie’s un cabinet a été vendu pour environ 9000 euros en 2011 ; la maison de ventes Quittenbaum en Allemagne a vendu une table et quatre chaises pour 10 000 euros, et en 2012 la maison de ventes Boetto à Gênes a adjuré un bar mobile de TURA pour 8000 euros (voir photo ci-contre).
La plupart de ces ventes sont celles de mobilier en parchemin, le matériau phare de la production d’Aldo TURA. La table basse que nous présentons est quant à elle gainée de parchemin, un matériau qui lui confère un aspect chaleureux et sophistiqué.

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