L’œil du collectionneur par Jean-luc Ferrand

Paul SORMANI (1817-1877)

lundi 26 mars 2012, par Barbara Cogollos

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Techniques et matériaux privilégiés : marqueterie et placage en bois fruitier

Styles : LOUIS XV et Louis XVI

Spécialités : nécessaires, meubles fantaisie, caves à liqueurs, écritoires et objets précieux (brûle-parfums, vasques, cendriers... )

Fin de la production en 1934, à la mort de son fils.

A l’Exposition Universelle de 1867 on pouvait entendre de son travail : « Toute sa production révèle d’une qualité d’exécution de tout premier ordre »

Le contexte

L’éclectisme dont fait preuve le second empire en fait toute sa richesse et sa spécificité.

Les grands styles du XVIIIe donnent matière à des interprétations parfois très brillantes de la part des ébénistes qui travaillent dans le respect des traditions.

A la chute du second empire les créations deviennent plus somptueuses encore, on copie alors volontiers les meubles royaux.

La réussite de l’ébéniste et ciseleur Paul Sormani est tout à fait exemplaire en cette seconde moitié du XIXe siècle et reflète l’excellence et la diversité d’une œuvre qui rivalise avec les beaux meubles de l’ancien régime.

Biographie

Né dans le royaume de Lombardie, à Venise, en 1817, cet ébéniste de renom est reconnu expert dans la marqueterie de bois fruitier.

Il ouvre sa première boutique à l ‘âge de 30 ans au numéro 7 du cimetière St Nicolas à Paris en 1847 où il se spécialise dans la fabrication de nécessaires et de petits meubles fantaisie. Il déménage en 1854 rue du Temple, prend une extension et commence à fabriquer des meubles de style louis XV et Louis XVI.

En 1867, l’entreprise déménage rue Charlot où elle prend toute son importance. Paul Sormani y fabrique des reproductions de très grandes qualités de quelques pièces du garde meuble national.

Son style est très apprécié de la grande bourgeoisie parisienne du XIXe siècle.

Il est également ébéniste pour la cour ainsi, l’impératrice Eugénie lui commandera des meubles pour décorer ses palais.

LES EXPOSTIONS

Les Expositions Universelles de 1855 et 1857 révèlent de profonds changements au sein de la société du Second Empire, car la progression industrielle a favorisé l’essor du meuble en série. L’ébénisterie d’art est donc menacée de sombrer dans l’uniformité : on fabrique quasiment à la chaine des ensembles de mobilier. L’ébénisterie traditionnelle fait donc face à cette décadence des valeurs en se mobilisant et en proposant des meubles d’une qualité irréprochable inspirés du savoir faire traditionnel et classique. Parmi ses défenseurs on retrouve Paul Sormani dont le soin apporté à ses travaux est une priorité de tout instant. Ses participations aux différentes expositions lui permettent de s’imposer dans le milieu, démontrant son inventivité et son savoir-faire.

Il participe à l’exposition de 1849, aux Expositions Universelles de 1855 et 1867 et à celle de Londres en 1862. Il sera respectivement décoré d’une médaille de première classe et d’une médaille de bronze.

Sa production

On remarque que ses travaux sont estampillés différemment selon les lieux de production.

Ainsi on trouvera des meubles estampillés « Cimetière St Nicolas » que l’on datera de 1847 à 1854.

Des productions portant l’estampille « rue du Temple » dateront donc de 1854 à 1867.

Enfin, il y a les ouvrages produits dans l’atelier de la rue Charlot, que l’on datera entre 1867 et 1877.

Après sa mort, sa veuve et son fils signeront « Sormani Veuve Paul et Fils » les productions ainsi estampillées sont donc produites à partir de 1878.

A noter quand 1914, son fils s’associe avec Thiebault Frères, ils créent une boutique au 134 bld Haussmann.

C’est dans la fabrication du petit mobilier fantaisie que ses qualités s’expriment de la façon la plus évidente. La mode du meuble léger étant encore très présente à cette période, il s’adresse à une clientèle nostalgique des gracieux ouvrages du XVIIIe siècle.

Paul Sormani excelle dans la fabrication de tables dites tables mouchoirs, qui se déplient pour dégager un espace de jeu : leurs ornementations de bronzes ciselés et dorés soulignent des lignes élégantes et classiques inspirées du style louis XV.

Les motifs sont variés : rubans, guirlandes de fleurs, frises d’amours, musiciens et feuilles d’eau.

Il produit aussi, avec succès, des petites tables légères.

Des Meubles d’entre deux, à hauteur d’appui, se distinguent par leurs montants en arrondis, leurs pieds cambrés et leurs plateaux de marbre en brèche d’Alep.

Les médailliers sont peu répandus à l’époque, il en produit pour une clientèle de collectionneurs dont les plus précieux sont fabriqués en placage de loupe.

Les buffets sont souvent de style louis XVI et en acajou.

Les bibliothèques sont généralement de style louis XV, elles reposent sur des pieds toupies et comportent souvent des portes grillagées.

Les armoires sont très précieuses, en bois laqué rouge et or à décors chinois.

Les cabinets sont volontiers inspirés de la Renaissance. Généralement fabriqués en bois de palissandre mouluré avec leur marbre rouge et leurs bronzes aux effigies de têtes de faunes, de masques…

Si les bronzes qui ornent ces meubles témoignent d’une qualité de ciselure irréprochable, les objets d’ameublement sont représentatifs de son savoir -faire : vasque, boule à parfum …

Sormani ne fait pas uniquement de la copie de meubles royaux, il exécute aussi des meubles soignés mais de facture moins prestigieuse destinés à la petite bourgeoisie : guéridon, bureau de dame, commode en demi lune …

Il s’inspire des ébénistes Riesner, Carlin, ou encore A.C Boulle et utilise du bois de rose, de violette, de tulipe…

Paul Sormani, la côte

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