L’œil du collectionneur par Jean-luc Ferrand

La Faïence fine de SATSUMA

mardi 5 avril 2016, par Barbara Cogollos

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Paire de grandes lampes en faïence fine de Satsuma, circa 1880, monture en bronze doré et ciselé.

La faïence de Satsuma est une faïence fine. Elle est créée à partir d’une pâte argileuse opaque dont la texture est très fine, puis elle est ensuite recouverte d’une glaçure plombifère, c’est-à-dire à base de plomb. Les décors, quant à eux, sont directement peints sur la terre déjà cuite, elles ne sont alors jamais cuites.

La faïence de Satsuma née en 1598 sous l’influence d’un grand seigneur japonais nommé Shimazu Yoshihiro dont l’intention était d’établir sur le territoire de Satsuma une industrie locale de poterie. Pour cela, il emploie les potiers coréens après leur défaite, venus sur les terres japonaises pour combattre. L’importance d’implanter une telle industrie vient avant tout du rite de la cérémonie du thé qui appelle à la création de différents ustensiles. Puis, au fur et à mesure leur production évolue pour répondre aux demandes du peuple. La consécration de la faïence de Satsuma commence lors de son exportation dans les pays occidentaux où l’art japonais en général connait un très grand succès.

Les avancées technologiques coréennes s’importent sur le territoire de Satsuma au 16ème siècle. On voit ainsi émerger dans la région, de plus grands fours, comme le four dit « à escalier à chambre multiple » qui permet de réguler la chaleur insuffler et par conséquent, rendre une production plus rapide et perfectionnée. Ces fours vont également pouvoir accueillir de plus grandes pièces de porcelaine.

C’est loin de leur terre natale, que les potiers coréens travaillant à Satsuma vont développer pendant plus de quatre cent ans des techniques originales de faïence pour en faire une des plus grandes références de la céramique japonaise. Plusieurs caractéristiques définissent ce type de céramique notamment la diversité des formes de vases, de bols, de luminaires ou de différents objets décoratifs qui évoluent selon l’époque et les fours utilisés. Au Japon, les créations de porcelaine sont très diverses cependant Satsuma reste fortement influencée par les modes et les goûts venues de la capitale impériale, Kyoto. Pour beaucoup, les céramiques de Satsuma évoquent des pièces à pâte blanche aux décors polychromes rehaussés de dorures ; effectivement il s’agit du style le plus fameux et le plus demandé par les pays occidentaux à la fin du 19ème siècle. Il est appelé « Satsuma de brocart d’or », du fait de la richesse de ses ornements et de l’utilisation systématique de la couleur or. Mais d’autres productions ont vu le jour dans les ateliers des potiers de Satsuma. On distingue notamment trois grandes catégories de céramiques : des grès à pâte blanche (Shiro Satsuma), des grès à pâte noire (Kuro Satsuma) et des porcelaines (Jiki).

Le style Satsuma blanc, dont le style de décor dit à « brocart d’or », se caractérise par une couleur coquille d’œuf surmontée d’une glaçure transparente craquelée. C’est une terre très fine qui donne alors un grès fortement compacté. Son décor, travaillé dans les moindres détails, peut être très chargé grâce notamment à l’utilisation de l’or en grande quantité. Les formes géométriques et abstraites s’associent à des illustrations réalistes comme des fleurs ou des oiseaux. La figure humaine est aussi très couramment utilisée dans un style proche des estampes japonaises.

A la fin du 16ème siècle, les potiers coréens installés dans la région de Satsuma répondent exclusivement à la commande des ustensiles pour la cérémonie du thé qui rentre dans les normes japonaises à partir du 12ème siècle. On se contente alors de simples formes utilitaires pour les différents ustensiles : pots à poudre de thé, bols à thé... Ce goût pour le thé s’amplifie et donne lieu à l’établissement de règles précises dictées par les premiers maitres de la cérémonie du thé. C’est lors du dernier quart 16ème que cette cérémonie atteint son apogée. Pour cette production, le grès blanc est le plus utilisés. Le grès noir quant à lui sera utilisé davantage pour les objets populaires comme des pots pour la conservation de l’alcool.

L’ancien territoire de Satsuma est aujourd’hui situé sur le département de Kayoshima à l’extrême sud du Japon. Ce territoire est entouré par la mer et compte de nombreux ports marchands. Sa situation géographique lui permet donc d’être très ouvert sur l’exportation de ses produits vers les territoires étrangers. C’est au 19ème siècle que la porcelaine de Satsuma s’introduit en Occident notamment par le biais des Expositions Universelles. Elles permettent de faire découvrir les traditions et créations des pays du monde entier. Les participants s’inspirent alors les uns des autres et rendent une production plus moderne mêlant ces différentes tendances artistiques. Les artisans de Satsuma sont présents lors de ces grandes manifestations, mais seulement à partir de l’année 1867, où le Japon expose pour la première fois à Paris (la première Exposition Universelle à lieu en 1851, à Londres).

Ils exposent alors des laques, des céramiques, des minerais divers ainsi qu’une grande variété de bois de construction, des instruments agricoles, des ustensiles à thé, des objets ouvragés en bambou, des articles de mercerie… Les artisans potiers français admirent l’art de la céramique japonaise qu’ils utilisent comme modèle pour leur propre production. Mais ce n’est qu’à partir de l’Exposition Universelle de 1878, à Paris que l’art de la céramique japonaise connait sa véritable consécration. Quatre cents exposants représentent le Japon cette année-là et une véritable mode des tendances, des ornements et des formes japonaises nait dans tout l’occident. Dans l’ensemble, le bilan de l’exposition fut jugé très positif. En ce qui concerne la céramique, le public découvre alors deux techniques particulières : l’une sobre et l’autre plus décorative qui l’a rend davantage accessible au grand public de l’Exposition. Ces deux tendances se retrouvent donc dans les productions françaises japonisantes : faïencerie de Creil, Bordeaux ou de Gaidan qui s’inspirent fortement de l’art de la céramique de Satsuma. Ces Expositions Universelles sont le point de départ d’un grand engouement pour le Japon qui alimenta la créativité des artistes occidentaux.

Aujourd’hui, les céramiques de Satsuma sont encore produites et regroupent un très grand nombre de techniques et de potiers implantés dans la préfecture de Kagoshima. La tradition du Satsuma noir, du Satsuma blanc et de la porcelaine se perpétue. Plus de deux cents ateliers de potier restent fidèles à la qualité et à la technique qui a fait de Satsuma une des plus grandes références de la céramique japonaise.

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