L’œil du collectionneur par Jean-luc Ferrand

COMMINGES

vendredi 26 février 2016, par Barbara Cogollos

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Grande pendule en bronze très finement ciselé et doré (or mat et brillant) de forme architecturée à quatre colonnes à chapiteaux corinthiens. Le socle est orné en façade de cinq couronnes de lauriers et de fleurs entrelacées. La pendule repose sur quatre pieds rectangulaires. Mouvement à cadran annulaire en métal à chiffres romains portant la marque COMMINGES PALAIS ROYAL N°62, balancier à compensation.

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PENDULE PORTIQUE D’EPOQUE EMPIRE SIGNEE COMMINGES N°62 PALAIS ROYAL

Comme l’indique la signature apposée sur le cadran, Comminges était un horloger installé au Palais Royal entre 1820 et 1830, plus précisément au numéro 62.

La prestigieuse adresse à laquelle se trouvait Comminges est un gage de son succès. A cette époque le Palais-Royal est un ensemble monumental (palais, jardin, galeries, théâtre) au nord du palais du Louvre dans le 1er arrondissement de Paris. Ce haut lieu parisien est l’étape obligatoire des étrangers et des provinciaux. Là, se trouve rassemblé dans un lieu clos, ne communiquant avec l’extérieur que par des galeries ou des péristyles donnant, au moins de trois côtés, sur des rues étroites, tout ce que la capitale peut offrir en matière de luxe et de plaisirs. Les distractions voisinent avec les commerces les plus variés.

Le succès vient de l’abondance et de la variété des marchandises proposées. La densité des boutiques est incroyable : près de 400 magasins pour tout le Palais-Royal. On trouve des magasins de luxe, surtout de joaillerie et d’horlogerie, dans la galerie de Pierre, mais aussi des tailleurs, des traiteurs aux victuailles rares et choisies, trois cabinets de lecture, un établissement de bains… Les modistes se tiennent surtout dans la galerie de Bois. L’installation de la bourse jusqu’en 1816 amène des personnes ayant de gros moyens financiers, prêts à dépenser sur place une partie des gains réalisés, ainsi que des employés, des changeurs de monnaies,
des prêteurs sur gages.

« Tout ce qu’il est possible de trouver à Paris est au Palais-Royal » dit l’historien russe Nikolaï Karamzine en 1790, « Paris est la capitale de la France, le Palais-Royal est la capitale de Paris. » aime raconter Lamothe-Langon dans l’ouvrage La Province à Paris en 1825.

L’animation du Palais-Royal cessera brusquement en 1836, lorsque Louis Philippe ordonnera la fermeture des salles de jeu et des tripots. Les galeries sombreront dans l’oubli. Sous le Second-Empire, le Palais-Royal sera délaissé par les bourgeois et les classes populaires au profit des grands boulevards.

La ciselure et la dorure de cet ouvrage sont assurément la marque d’un grand atelier parisien. Nous pensons à Pierre-Philippe Thomire (1751 - 1843), qui donna un essor industriel à la production de bronzes d’ameublement de grande qualité en créant une
des entreprises les plus renommée du siècle qui employait encore 120 ouvriers en 1830, ou encore à Lucien-François Feuchère (? - 1841) ciseleur-doreur, lui aussi fabricant de bronzes, fils de Pierre-François Feuchère (1737 - 1823) auquel il succède à la tête d’une entreprise de bronzes d’ameublement réputée.

Nous retrouvons un ouvrage semblable, mais néanmoins moins avancé, dans les collections royales de la couronne Espagnole. En effet, la version du patrimoine national espangol précise qu’il y a un échappement à ancre alors que celle que nous proposons possède un échappement à chevilles généralement conçu pour les régulateurs, de même la partie centrale guillochée fait preuve d’un savoir-faire plus raffiné et donc plus avancé.

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