L’œil du collectionneur par Jean-luc Ferrand

Max INGRAND

lundi 15 février 2016, par Barbara Cogollos

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Paravent à quatre feuilles en verre gravé et moiré à l’acide. Argenté et doré, patiné à la feuille et peint.

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PARAVENT, MAX INGRAND

180 cm (hauteur) x 216 cm (largeur)

AU XXe siècle le verre s’affirme comme l’un des symboles de la vie moderne aux côté du métal et du béton. Max INGRAND est un artiste qui contribue à la redécouverte de ce premier matériau. C’est un artiste créatif qui compte des milliers de créations à travers le monde.

Maurice Ernest INGRAND est né le 20 décembre 1908 à Bressuire dans les Deux-Sèvres et mort le 25 aout 1969 à Neuilly.

Max INGRAND est connu pour sa production de vitraux religieux qui est l’une des plus prolifiques du siècle, sa création de luminaires devenues des classiques et toujours éditées 50 ans après leur création, mais aussi sa production de verre gravé. Il obtient le prestigieux titre de président de l’Association française de l’éclairage. Il sera également membre de la Société des artistes décorateurs, du Salon d’art sacré, du Salon d’automne et directeur artistique de Fontana Arte (entreprise spécialisée dans le verre et la miroiterie).

Max INGRAND fait parti des figures emblématiques de l’Art Déco. Il est appelé pour participer à l’édification du prestigieux paquebot Normandie et travaille avec des décorateurs de renom : Jules LELEU, Marc du PLANTIER, André ARBUS, le ferronnier Gilbert POILLERAT

On peut admirer ses œuvres dans le monde entier en France ; au musée Galliera, à la brasserie Le Triomphe à Paris ou à la grande salle des syndicats de la bourse du travail de Lille, dans de nombreuses églises ou cathédrales... Mais aussi à Buenos Aires dans le building de l’Administration centrale des chemins de fer ou bien à Bombay où il orne la salle à manger de l’hotel Taj Mahal.

Tout commence en 1927 lorsqu’il entre dans l’atelier du verrier Jacques GRUBER comme peintre verrier.
Il se met à son compte en 1931 et monte une nouvelle affaire avec Emile SCHWARTZ au 8 passage Tenaille à Paris. Il se sépare de son associé en 1935 mais reste à cette adresse. En 1927 il rencontre une certaine Paule qui deviendra son épouse en 1930. Artiste comme lui, ils développent ensemble une création commune : le verre gravé.
Max grave et Paule travaille à l’élaboration des motifs. Ils signent de leurs deux noms les œuvres.
En parallèle, ils développent chacun leur œuvre personnelle : Max Ingrand conçoit ses vitraux civils et religieux, Paule Ingrand s’exprime grâce à ses talent de graphiste, de peintre et de fresquiste.

La commande de la grande décoratrice américaine, Elsie de WOLFE, pour réaliser la frise sous la large corniche de sa salle de bain en verre gravé est un véritable tremplin pour le couple. La notoriété publique suit rapidement.

La revue de L’Architecture d’aujourd’hui salue une réalisation qui « sait faire jouer habilement les couleurs et la lumière, créer une ambiance, plein de vie et d’agrément »

Après la seconde guerre mondiale, Max INGRAND divorce de Paule, c’est le temps de la reconstruction, il se tourne vers la création de vitraux destinés aux églises endommagés par les bombardements. Il milite pour l’introduction de vitraux modernes et intervient sur tout le territoire : cathédrale Saint-Gatien de Tours, l’église Saint-Martin de L’aigle dans l’Orne, l’église Saint-Martin de Donges en Loire-Atlantique, l’église des Jacobins de Toulouse... Il est également missionné au delà des frontières françaises : au Québec, aux Etats-Unis, en Amérique du Sud, à Caracas et à Sao Paulo.

En 1949, il ne s’agit plus de transformer la lumière à travers le prisme du verre ou de la métamorphoser par le travail ou le verre gravé. Un tournant artistique a lieu dans la vie de Max INGRAND qui se lance alors dans la production de lampes.

Max INGRAND eut finalement trois phases de créations qui se croisèrent ou se chevauchèrent tout au long de sa vie : les vitraux peints, le verre gravé et les luminaires.

Le paravent que nous présentons est issu des créations de verre gravé. Ce type de création est alors très apprécié par le bon goût ; Maxime OLD, Helena RUBISTEIN, la baronne de GUNZBURG ou le roi Charles II de Roumanie...

La technique de Max INGRAND consiste à reprendre les techniques des maitres verriers, l’acide et le sable, et à expérimenter ou mettre au point de nouveaux procédés.

Ce type de production est issu de la collaboration du couple INGRAND. Ils affectionnent les thèmes mythologiques ou astrologiques. Leur art s’inscrit dans la tradition du verre et de son artisanat. Les motifs reprennent les canons de l’antiquité grecque, induit par la matière du verre. En effet, ne pouvant créer des effets de profondeur avec le verre, les compositions sont réalisées en deux dimensions et le plus souvent en frise.

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