L’œil du collectionneur par Jean-luc Ferrand

« Orphée », huile sur toile signée « L. Brousse d’après Gustave Moreau » 1898

jeudi 4 mai 2017, par Barbara Cogollos

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Reproduction exacte de la célèbre huile sur bois conservée au musée d’Orsay, cette toile fut réalisée par LEON EUGENE JEAN BROUSSE (1857-1913) et est datée sur le châssis 14 Décembre 1898, six mois environ après la mort de Gustave Moreau, le pionnier du symbolisme.
Etranger à tout réalisme et à tout naturalisme, ce courant culturel, dont le manifeste fut publié par Jean Moréas dans Le Figaro en 1886, souhaite échapper à la pensée rationaliste imposée dans tous les pays européens à la fin du XIXème siècle. 

A cette époque, LEON BROUSSE se forme à l’école des beaux-arts de Paris auprès d’Alexandre Cabanel, célèbre peintre académique du second empire. A partir de 1881, Brousse expose régulièrement ses œuvres au Salon de Paris ; rare privilège, les archives nationales conservent les traces d’enregistrement et d’achat d’une toile du peintre réalisée en 1891-1892 pour l’ambassade de France à Saint-Pétersbourg, représentant l’Empereur Pierre le Grand d’après le modèle de Nattier conservé à Versailles.
De retour à Perpignan (sa ville d’origine) vers 1885, LEON BROUSSE reçoit la commande en 1899 pour la salle des séances de l’Hôtel de Ville de Perpignan, d’une monumentale composition reproduisant le Rouget de l’Isle chantant la Marseillaise chez Dietrich d’Isidore Pils conservé au musée historique de Strasbourg. Preuve de sa grande réputation, il est récompensé la même année du titre d’Officier d’Académie, futur « ordre des palmes académiques ».

Tirée de la mythologie Grecque, le tableau de Gustave Moreau évoque le génie poétique d’Orphée dont la musique avait le pouvoir de charmer jusqu’aux bêtes sauvages. Désespéré par la mort et la perte définitive d’Eurydice, Orphée refuse tout contacts avec les femmes. Plus tard, le héros est massacré par des Ménades Thraces, après les avoir séduites par sa musique et avoir repoussé leurs avances.
La littérature grecque et latine nous raconte que les reliques d’Orphée furent transportées par les vagues de la mer jusqu’aux côtes de l’ile de Lesbos ; Moreau crée un autre épilogue et l’écrit pour expliquer son tableau : « Une jeune fille recueille pieusement la tête d’Orphée et sa lyre portées par les eaux de l’Hèbre aux rivages de Thrace. »

Dans un paysage désert et glacé emprunté aux modèles de Léonard de Vinci, une jeune fille, habillée à l’orientale, garde dans ses mains la lyre rouge d’écaille sur laquelle est posée la tête du poète. Elle la regarde avec compassion, pendant que derrière elle des jeunes sur le haut d’une montagne, le Rhodope, jouent des flutes et prolongent l’atmosphère musicale de la scène. A ses pieds, à droite, deux tortues (Orphée et Eurydice ?), symbole lié à Venus et à l’amour, dont la carapace fut utilisée par Mercure pour créer la lyre.

Exposé au Salon du 1865, l’Orphée de G. Moreau est acquis par l’État à destination du musée des Artistes vivants, au palais du Luxembourg. Jusqu’à l’ouverture du Musée G. Moreau en 1903, elle est la seule peinture majeure de l’artiste visible en permanence à Paris. C’est à cette époque que LEON BROUSSE s’inspire largement du tableau tout en gardant les mesures exactes de l’original.
En excellent état, l’œuvre est enrichie d’un magnifique cadre stuqué et doré restituant toute la majesté de la composition.

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