L’œil du collectionneur par Jean-luc Ferrand

Mézzaro "a vacchette", Maison Speich, Gênes, circa 1850

jeudi 15 juin 2017, par Barbara Cogollos

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Le MÉZZARO italien s’inspire des palampores provenant d’Inde. Ils arrivaient à Gênes par le biais des Compagnies des Indes Orientales des plus grandes puissances navales d’Europe ou par les routes commerciales de l’est. Une forte demande de la clientèle entraine l’ouverture de nombreuses fabriques à travers toute l’Europe continentale : dans le sud de la France, en Alsace, en Suisse, d’où étaient originaires Giovanni et Michele Speich. Ils ouvrent une manufacture de tissus imprimés près de Gênes. Luigi Testori, beau-fils de Speich, très compétent dans la chimie des couleurs, ouvre quelques années plus tard son usine, qui continue à produire des MÉZZARI jusqu’en 1872.

Le « mézzaro » ou « mésere » ou même « mésero » (probablement de l’ancienne mizar arabe, ce qui signifie couvrir), est une grande toile de coton, de taille variable entre le 252 et 275 cm de longueur et 230 et 256 cm de largeur, gravée dans les usines génoises avec des tampons moulurés en bois de poirier, noyer ou tilleul. Ceux-ci pouvaient même dépasser le nombre de quatre-vingts pour décorer un seul MÉZZARO.
De nombreuses études publiées au cours des 80 dernières années ont défini les catégories et la datation sur la base du motif qui apparaît dans le coin inférieur gauche de la toile : on parle de « mézzaro du vieil arbre » , « mézzaro du bateau », « mézzaro du minaret », etc., datés différemment entre la fin du 18e et 19e siècle. Les affiches et écrits de cette période fournissent la preuve qu’il était à la mode : « Les femmes, qui vont à pied, en été et en hiver, couvrent leurs têtes, les épaules et les bras d’un voile appelé MÉZZARO, qui ne les laisse pas reconnaitre » (Giuseppe Maria Galanti, Description historique et géographique des républiques de Gênes et de Lucques, 1795, p. 64). Son utilisation a disparu progressivement jusqu’à la fin du 19e siècle, lorsque le MÉZZARO était caractéristique du costume populaire seulement ou il venait utilisé dans la décoration des maisons ou encore, découpé, pour créer des vêtements différents.

Le MÉZZARO présenté ici appartient au type « à petites vaches » (« a vacchette »), caractéristique de la production de la manufacture Speich et daté à la moitié du XIXe siècle. Au centre de la composition on trouve l’arbre de vie émergeant d’une colline. Symbole déjà utilisé dans la culture de l’ancienne Mésopotamie, l’arbre a été conçu comme un élément capable de relier les trois parties de l’univers : le sous-sol, dominé par des forces magiques, ou ses racines descendent ; la surface de la terre, royaume des hommes, où la tige croît et se développe ; le ciel, lieu du divin, vers qui dépassent le feuillage. A la base de l’arbre un écureuil (symbole de prévoyance et d’attention) et un paon (symbole d’immortalité) qui repose sur une branche de vigne courbée par les grappes et les fleurs. Sur les côtés un cerf, des chèvres et des vaches. Des oiseaux de toutes sortes et des papillons volent parmi les branches fleuries de pivoines, marguerites et roses. L’ensemble est dans une fraîcheur de tons et de couleurs encore absolument bien conservé. De plus, il est remarquable le fait que notre MÉZZARO conserve encore ses dimensions d’origine.

Une importante collection de MÉZZARI est conservée dans le Palazzo Bianco des Musées de Strada Nuova à Gênes. Différentes expositions ont eu lieu au cours des dernières années : « Arte e lusso della seta a Genova dal 500 al 700 », Gênes en 2001, « Cotone a Genova : mezzari e pezzotti », Gênes en 2002 ; « I mezzari e la via del cotone – Mezzari and the Cotton Route », Ministère des Affaires Etrangères - Ministère des activités culturelles, Emirats Arabes Unis en 2007 ; « I piaceri del velo. Dal mézzaro genovese al foulard », Palazzo Bianco, Musées de Strada Nuova en 2016.

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