L’œil du collectionneur par Jean-luc Ferrand

La Maison BACCARAT

jeudi 24 mars 2016, par Barbara Cogollos

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La cristallerie Baccarat est la plus grande manufacture de cristal français qui a su s’imposer au rang mondial. La qualité de ses travaux, tant dans l’ameublement que le décor ou les arts de la table, est une des plus grandes références pour les œuvres d’art en cristal.

Contexte Historique

Sous le règne de Louis XV, en 1764, la permission de fonder une verrerie est accordée à l’évêque de Metz Louis de Montmorency-Laval, verrerie qu’il fonde dans le village de Baccarat tant pour ses grandes forêts que pour son sol riche en silice (caractéristique de la région Lorraine). La manufacture est alors nommé Sainte-Anne.

En 1816 l’avenir de la verrerie prend un tout autre tournant à l’arrivée de l’industriel Aimé-Gabriel d’Artigues, propriétaire des verreries et cristalleries de Vonêche, en Belgique. Il reprend les verreries de Sainte-Anne et les transforme en cristallerie. Le 7 janvier 1822 la cristallerie est vendue à trois associés dont Pierre-Antoine Godart-Desmarest qui fonde la Compagnie des Verreries et Cristalleries de Vonêche à Baccarat, dénomination qu’elle garde jusqu’en 1842.

Ses médailles et récompenses

En 1823, Baccarat reçoit sa première médaille d’or en se présentant à l’Exposition Nationale des Produits de l’Industrie Française. C’est une prestigieuse réunion des savoirs faire de l’artisanat français qui se tenait dans la cour carrée du Louvre et qui est remplacée, en 1849, par les grandes Expositions Universelles. En 1827, Baccarat est la première cristallerie française à présenter des éléments comme les pampilles (de différentes formes : dards et chaines d’octogones, perles facettées, rosaces, palmettes…). Avant cela, ces éléments étaient systématiquement importés d’Angleterre ou de Bohême. Suite à cet immense succès, Baccarat fournit tout au long de la première moitié du 19ème siècle les bronziers, qui fabriquent la structure des lustres et la décorent d’éléments en cristal. Plus tard, Baccarat ouvrira son propre atelier de bronze. Parallèlement, Baccarat produit des lustres entièrement montés de cristal, production qui sera également récompensée.

L’entreprise fait également preuve d’innovation et expose des cristaux unis ou décorés de tailles simples de grande pureté. Tout au long de l’histoire, Baccarat est récompensé à plusieurs reprises pour sa créativité. On note notamment l’invention des pièces moulées et l’invention d’un procédé révolutionnaire permettant une meilleure adhérence au moule et donc une reproduction plus précise des ornements (procédé récompensé par une médaille d’or de première classe).

En 1855, Baccarat présente un candélabre de plus de cinq mètres de haut et portant cent quarante lumières. Jamais de si grandes pièces de cristal n’avaient été exécutées en France, en guise de récompense, la manufacture connait la consécration en se voyant décerner la seule grande médaille d’or revenant à l’industrie du métal, médaille reçue des mains de l’empereur lui-même. L’exposition de 1855 marque ainsi le début de la suprématie de Baccarat dans le domaine du luminaire.

L’entreprise connait également un très grand succès grâce à ses productions de couleurs avec notamment la mise au point du fameux rouge à l’or qui est obtenu en fusionnant progressivement du cristal clair avec la poudre d’or 24 carats (technique qui requiert une maitrise absolue). Baccarat est aussi connu pour sa production d’opaline.

Sa reconnaissance et son développement

Suite à la première exposition de 1849 à Paris, le roi Louis XVIII, particulièrement impressionné par la pureté du travail de la cristallerie Baccarat, commande un service de verres à boire, dont l’usage se généralise à cette époque. L’entreprise crée alors un service complet : broc, carafe bouchée, verre à liqueur, verre à bordeaux, compotier etc. A partir du second Empire, on dit que l’on passe au « service à la russe » où les verres sont posés sur la table et ont chacun une fonction bien précise.

Cette nouvelle mode augmente les commandes de cristallerie. La consécration de Baccarat l’emmène à ouvrir en 1832 leur premier magasin à Paris à l’angle des rues de Paradis et Poissonnière. Ce magasin devient en 1857 le siège social. C’est à partir de 1886, que l’essor de l’entreprise prend une nouvelle ampleur en s’ouvrant à l’exportation. Plusieurs comptoirs s’ouvrent à travers le monde : en Inde, à la Havane, en Argentine ou encore à Mexico, en Uruguay et à Hanoï. Les commandes prestigieuses se multiplient, Maharadjahs, Tsar ou grandes personnalités du Japon et des Amériques veulent leurs pièces signées Baccarat. Parmi les commandes des plus prestigieuses on compte le service « Yacht » du prince de Galles, le service « Paraison » du Maharadjahs d’Indore Rao Holkar ou encore le service « François Villon » pour le président des Etats-Unis, Franklin Roosevelt.

En 1896, le Tsar Alexandre III commande un modèle exceptionnel de candélabre mesurant 3.85 mètres de haut et portant soixante-dix-neuf bougies électrifiées en plusieurs exemplaires. Ils étaient destinés à décorer le palais impérial de Saint-Pétersbourg et portent alors le nom de « candélabre de Tsar ». En 1909, c’est au Japon que Baccarat s’impose en recevant une commande prestigieuse de la maison impériale. La manufacture créée alors le « service Beauvais », chef-d’œuvre de pureté et de simplicité. Avec ce dernier, Baccarat répond alors merveilleusement au goût du pays du soleil Levant. Et en 1927 c’est au tour du grand Sultan Mohamed Shah Aga Khan III de commander un grand service de table à décor gravé et dépoli nommé « service de Chambord ».

Faisant preuve de modernisme, Baccarat est l’une des premières manufactures à électrifier ses modèles de lustrerie. Elle met au point la technique de fabrication des branches creuses en cristal, permettant ainsi de masquer les fils électriques en les faisant glisser à l’intérieur.

Au cours du XXème siècle, le succès de Baccarat se poursuit et une filiale est ouverte en 1948 aux Etats-Unis sous le nom de Baccarat Inc. Et en 1984 une seconde s’ouvre au Japon : Baccarat Pacific.

Ses initiatives contemporaines

Le succès que Baccarat rencontre dans le domaine du luminaire l’amène à travailler avec les plus grands créateurs notamment Georges Chevalier au XXe siècle qui sera le premier à aborder le rapport de la lumière au cristal avec une volonté de moderniser la création de luminaire. Il dessine alors des lustres et des colonnes lumineuses autour du thème de l’eau. Nous pouvons citer aussi Patrice Butler et Andrée Putman qui participent à de nouvelles collections de lustrerie pour la maison Baccarat.

De plus, l’entreprise prend l’initiative en 1992 de s’ouvrir à la création de bijoux, pour cela elle créée de nombreux partenariats avec des créateurs contemporains comme Catherine Noll, Peggy Huynh King, Philippe Airaud, Stefano Poletti, Elie Top.

Pour le 250e anniversaire de la maison Baccarat le petit Palais à Paris présente, du 15 octobre 2014 au 4 janvier 2015, les plus belles pièces de la maison dans un parcours d’une incroyable richesse qui retrace l’histoire de la plus grande manufacture de cristal française.

Ce lustre de style Régence que nous vous présentons est une très belle pièce de la maison baccarat qui reflète parfaitement la splendeur et la richesse de cette grande manufacture française de cristal. Avec ses vingt-cinq bras de lumière, il s’agit d’un modèle de grande ampleur qui soutient d’importantes pampilles en cristal.

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