L’œil du collectionneur par Jean-luc Ferrand

LINKE François (1855-1946)

lundi 29 mars 2010, par Barbara Cogollos

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Biographie

François Linke est né en Pankraz en Bohême. Il est considéré comme l’un des plus grands ébénistes du siècle dernier. Il ouvre en 1881 son propre atelier situé au 170, rue du Faubourg Saint-Antoine puis un show-room à la Place Vendôme.

L’ancien régime a été pour lui sa principale source d’inspiration, qu’il s’agisse du style Louis XV ou du style Louis XVI. Linke souhaitait créer un nouveau style mêlant le rococo et la fluidité du style art nouveau en s’associant avec le sculpteur Léon Messagé, asseyant ainsi son propre style.

Tout au long de sa vie, Linke a utilisé les foires internationales comme un moyen d’explorer de nouveaux marchés. Il a été honoré par la critique lors de l’Exposition Universelle de Paris en 1900 et reçoit la Légion d’Honneur six ans plus tard.

Les carnets de bord de François LINKE.

Les ébénistes avaient à l’époque pour coutume de consigner dans des "carnets de bord" toutes les informations se référant à la fabrication d’un meuble : les croquis et améliorations apportées au design, le nom des commanditaires ou clients, le nom des artisans qui participaient à la création du meuble, le coût de ces interventions, etc. Bref, tout un ensemble d’informations très intéressantes et nécessaires pour comprendre comment s’organisait le métier d’ébéniste à l’époque et plus particulièrement comment travaillait François Linke.

L’étude des carnets de bord de F. Linke par Christopher Payne (F.Linke ,The Belle Epoque of French furniture, ed. Antique collectors’club) permet de re-vivre l’évolution de cet ébéniste de renom et met en relief plusieurs informations intéressantes.

Bien que bénéficiant des relations et de l’aide financière de son beau-père, Pierre Teutsh, F. Linke a du travailler très dur pour gravir les échelons et se démarquer des 20000 personnes qui constituaient alors les ébénistes du Faubourg St Antoine et accéder au rang des 4000 ébénistes, pour l’essentiel d’origine française, qui travaillaient pour le "Haut Luxe".

Si l’ambition de développer son propre style et de se démarquer reste présent dans l’esprit de François Linke, la réalité cependant l’oblige à le faire de façon progressive car il n’hérite ni d’une renommée acquise par les générations antérieures ni d’une clientèle déjà acquise. Il doit donc tout réaliser lui même, et la tâche est immense !!!

Par conséquent, si Monsieur Linke a, à ses débuts, une clientèle privée (Mr Worms, Mr Rolin) et parfois même de renom comme Mr Anatole Beaumetz, beau-frère du ministre des Arts, il doit pendant de nombreuses années travailler dans l’ombre de maisons d’ébénisterie réputées. Raison pour laquelle la plupart de ses oeuvres "de jeunesse" ne seront non seulement pas signées afin de ne pas divulguer aux clients de ces maisons l’origine de leur meuble mais peuvent porter d’autres estampilles que celle de F. Linke.

Ces commanditaires sont alors en France :

- La maison Krieger, laquelle deviendra en 1880 Krieger,Damon et Cie.
- La maison de décoration Jansen
- La renommée maison Christofle
- La maison Millet
- La maison Baguès

Et à l’étranger (pour la fabrication de meubles de style anglais principalement) :

- Maples
- Edwards & Roberts
- Hamptonsof Pall Mall
- Morrison of Edinbourg

Par ailleurs, François Linke restaure et modifie à cette époque plusieurs meubles anciens, activité très lucrative si l’on en croit ses carnets mais néanmoins abandonnée rapidement.

Parallélement à cette activité, F. Linke qui prend des cours du soir de dessin à l’Ecole des Arts décoratifs afin d’acquérir une plus grande autonomie dans l’élaboration des croquis de meubles, va continuer à affirmer son propre style. Une rencontre, celle avec le sculpteur Léon Messagé va alors être capitale et permettre à F. Linke d’atteindre la pleine maturité de son art et d’affirmer ce que l’on appelle aujourd’hui le "style Linke".

François Linke et Léon Messagé : affirmation d’un style.

C’est en 1885 que remonte les premières traces de collaboration entre F. Linke et son voisin de quartier L. Messagé. Faire participer des sculpteurs à l’ornementation des meubles était une chose tout à fait courante pour un ébéniste et bon nombre de sculpteurs ont travaillé pour la Maison Linke tels : Rambaud, Henri Huppe, Fernand Dubois, A.Sedille, etc. Cependant, la valeur qu’accordait notre ébéniste à Léon Messagé semblait différente si l’on en juge par le montant des honoraires versés par F. Linke à ce dernier. Etait-ce le fait que L. Messagé avait participé au succès de son ami et confrère ébéniste Joseph-Emmanuel Zwiener, lequel avait gagné une médaille d’or à la dernière Exposition Universelle de 1889 en présentant un cabinet.

François Linke et le Roi d’Egypte, S.A.R FOUAD I. (1920-1946)
"Le plus beau fleuron de ma carrière que de l’avoir comme client".

F.Linke parlant du Roi FOUAD I dans un courrier adressé à l’agent du Roi, Verruci Bey le 19 oct 1935.

François Linke a réalisé selon ses registres plus de 1200 meubles et objets d’art pour le Roi d’Egypte répartis dans quatre palaces pour une somme de 18 160 866 francs.

- Le Qubba Palace et surtout Abdeen Palace ( plus de 500 pièces) au Caire
- Le Montaza Palace et Ras al-Tin Palace (17000 m2) à Alexandrie

Il faut remonter à l’époque du Roi Louis XIV pour trouver une telle ampleur et un tel faste dans les commandes.Ces rapports privilégiés avec le trône d’Egypte ont suscité des jalousies et obligé François Linke à justifier le coût de ses meubles. Ce dernier s’est d’ailleurs rendu en Egypte en 1926 afin de resserrer ses liens avec Verruci Bey, l’agent du Roi FOUAD I. Monsieur Linke a ainsi participé activement à renforcer le rayonnement de la mode et de la culture française, déjà très développées en Egypte.

Pour en savoir plus : François Linke 1855-1946, The Belle Epoque of French Furniture, Edition Cristopher Payne.

François Linke, la cote :

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Paire de fauteuils à la reine en bois sculpté et doré, circa 1920
Prix d’adjudication : 21 500 €
(c) Christie’s Londres, 1er Octobre 2002
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Vitrine en bois de rose et de violette doré à l’or fin, circa 1895
Prix d’adjudication : 20 000 €
(c) Christie’s Londres, 1er octobre 2002
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Bureau plat en bois de rose et de violette doré a l’or fin style Louis XV, circa 1900
Prix d’adjudication : 7 900 €
(c) Christie’s New-York, 24 avril 2002

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