L’œil du collectionneur par Jean-luc Ferrand

Le vernis MARTIN

mercredi 12 décembre 2012, par Barbara Cogollos

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Avec l’ouverture de l’Extreme Orient à l’Occident au XVIIIe siècle, les modes décoratives puisent leurs inspirations dans l’artisanat asiatique. Les formes, les motifs, les sujets sont imités et copiés mais les laques, dont les formules sont jalousement gardées par les artisans asiatiques, échappent à la copie. Afin d’orner leurs créations, les ébénistes et artisans français doivent réaliser leurs meubles pour ensuite les faire exporter à grand frais en Chine et surtout au Japon afin de les faire laquer. Ces couteuses contraintes de temps (il faut parfois compter plus de 2 ans aller-retour afin de faire laquer un meuble !) et d’argent ne favorisent pas l’expansion de nouveaux styles, ni la pleine santé financière des les artisans. C’est dans ce contexte particulier qu’apparait le vernis Martin.

Ce n’est pas la première fois que les ébénistes essayaient de copier les laques asiatiques, dès Louis XIV, plusieurs formules avaient été mise au point mais aucune ne parvint à s’imposer. La faute à une trop grande ignorance des composés originaux et des essences naturelles nécessaires introuvables en Europe.

Originaires du Faubourg Saint Antoine, les frères Martin étaient tous maîtres vernisseurs, spécialisés dans l’imitation des laques du Chine et du Japon. Il découvrirent une nouvelle formule (jamais totalement redécouverte) : un vernis gras, composé de résines dissoutes dans l’huile et rendues siccatives par l’addiction de litharge et d’autres éléments. Ils l’appliquèrent tout d’abord aux carrosses et chaises à porteurs puis bientôt aux meubles. Deux arrêts du conseil (le 27 novembre 1730 et le 18 février 1744 offrirent aux frères Martin l’exclusivité de réaliser pendant 20 ans des objets inspirés de la Chine et du japon.

Ce vernis, bien moins cher que la laque, rencontra un succès foudroyant. Sa texture, les différentes teintes obtenues permirent de réaliser de véritable « tableau de laque » dans un style beaucoup plus européen. Les frères Martin exécutèrent de très nombreux travaux, de qualité inégale, qui leur offrirent un succès considérable. Ils obtiennent certaines des plus belles commandes des grandes familles, des cours étrangères etc. La beauté de leurs réalisations est relayée par les expositions et les salons (notamment le célèbre Salon de Madame Geoffrin). Les frères Martin font appel aux maîtres (artistes, artisans etc) pour obtenir le droit de copier leurs modèles. Ils développent de très nombreux sujets tirés de l’iconographie occidental (pastorales, scènes de la comédie italienne, sujet mythologiques etc).

Après la Révolution et le renouveau esthétique qui l’accompagne le vernis Martin est délaissé sauf par quelques rares suiveurs. Il sera lentement redécouvert au XIXe, d’abord par le courant historiciste puis par l’avant garde des art décoratifs, notamment par Majorelle.

Les créations en vernis Martin, du XVIIIe, du XIXe ou du XXe sont traditionnellement très prisée des collectionneurs. Leurs motifs raffinés, leurs charmantes compositions assurent un intérêt croissant pour ces pièces de mobilier. Par exemple le paravent style Louis XV en vernis Martin, de Majorelle (Fig.1), estimé 4000 - 6000€ et vendu 13 750€ chez Sotheby’s Amsterdam le 14/03/2011 ou un meuble d’entre deux, signé Rollin (Fig.2), 1880, estimé $25 000 - $35 000 et adjugé $84 000 chez Sotheby’s NYC le 26/10/06.

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