L’œil du collectionneur par Jean-luc Ferrand

Jean-Pierre CORTOT

lundi 15 février 2016, par Barbara Cogollos

Toutes les versions de cet article : [English] [français]

(Documentation extraite du site internet du Musée du Louvre)

Après la victoire grecque de Marathon sur les Perses, un soldat courut plus de 40 km jusqu’à Athènes pour annoncer la nouvelle. Il mourut d’épuisement après avoir délivré son message. Cortot sculpte le moment où le soldat exténué vient de tomber. Dans un dernier sursaut de fierté, il redresse son buste et brandit bien haut la palme de la victoire.

JPEG - 21.2 ko
LE SOLDAT DE MARATHON ANNONCANT LA VICTOIRE, Jean-Pierre CORTOT

Une histoire antique

Marathon est la première victoire des Grecs sur les Perses en 490 avant notre ère. L’armée perse du roi Darius Ier avait débarqué près de Marathon, mais jugeant l’endroit peu propice à un déploiement militaire, commença de rembarquer. Miltiade, à la tête de troupes grecques en infériorité numérique, estima le moment opportun pour charger l’armée perse. La légende veut qu’un soldat ait couru pour annoncer la victoire jusqu’à Athènes, où il s’écroula mort d’épuisement. Cela donna naissance à la fameuse course du marathon.

La figure du héros

Le soldat de Marathon est le type même du héros vertueux, se sacrifiant pour la gloire de sa patrie, thème très en vogue depuis la fin du XVIIIe siècle. Cortot présenta le modèle en plâtre au Salon de 1822. En 1831, Louis-Philippe, récemment porté au pouvoir, lui passa commande du marbre. Cette commande comprenait toute une série d’oeuvres relatives aux gloires de l’Antiquité, dont de nombreux héros célèbres pour leur courage, leur dévouement patriotique ou civique, leur stoïcisme : ainsi Philopoemen (musée du Louvre) de David d’Angers ou Caton d’Utique (musée du Louvre) de Jean-Baptiste Roman. Présenté au Salon de 1834, le marbre de Cortot fut placé aux Tuileries en pendant au Prométhée (musée du Louvre) de James Pradier.

L’idéal classique

Ce nu masculin et athlétique se réfère à la représentation traditionnelle du héros dans la statuaire antique. C’est l’occasion pour le sculpteur d’un superbe nu académique. La pose évoque Othryadès mourant (esquisse au musée du Louvre) de Sergel, où le soldat allongé se redresse pour inscrire la victoire sur son bouclier. Le sculpteur suédois avait présenté son oeuvre en 1779 pour son agrément à l’Académie royale de peinture et de sculpture à Paris.
 La tête rejetée en arrière rappelle Alexandre mourant (Florence,Offices), tête antique dont chaque atelier possédait un moulage.
Le visage, finement modelé, demeure impassible, les mèches de cheveux régulièrement sculptées. Le soldat ne présente aucune trace de fatigue, de douleur ou d’émotion trop vive. Formé dans la tradition classique, Cortot recherche le caractère idéal même lorsque le sujet réclamerait une certaine violence d’expression.
 James Pradier reprend le thème en 1852 dans son Soldat de Marathon (coll. Privée).

A découvrir aussi