L’œil du collectionneur par Jean-luc Ferrand

La porcelaine IMARI

vendredi 26 février 2016, par Barbara Cogollos

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IMARI est tout d’abord le nom d’un petit port dans la partie nord ouest de l’île de Kyushu. Selon la tradition, c’est un potier coréen, Ri Sam-Pyong, qui découvrit, en 1616, un important gisement de Kaolin à 15km d’IMARI près d’un village nommé Arita au Japon. De plus la région bénéficiait de tous les éléments nécessaires à l’implantation d’une activité tel que la porcelaine. En effet la présence abondante d’eau et de bois - essentiels à l’élaboration de la pâte et à la cuisson dans les fours - sont présent en quantité abondante dans la région d’Arita. Plus important encore, toute la côte nord ouest de Kyushu est en pente, ce qui permettra d’élaborer de complexes fours construits en dénivelé et permettant ainsi d’obtenir les différentes températures nécessaires à la cuisson de la porcelaine.

Mais la découverte de ce gisement de Kaolin au Japon coïncide avec de graves problèmes intérieurs en Chine. L’économie chinoise étant affaiblie, la fabrication de la célèbre porcelaine « blanc, bleu » est de plus en plus réduite, jusqu’à presque disparaître avec le dernier empereur Ming.

C’est également à cette période que les hollandais l’emportent sur les portugais et les espagnols dans la grande course au commerce avec l’Asie. V.O.C , la compagnie orientale des provinces unies, entend bien diriger le commerce de la porcelaine et se tourne donc vers la production japonaise pour pallier le manque de la production chinoise.

Les progrès des ateliers d’Arita sont alors très rapide. Bien qu’ils commencent par livrer des porcelaines « blanc,bleu » les japonais se plient vite au goût des commanditaires occidentaux. A noter que même la Chine finira par se tourner vers le Japon pour se fournir en porcelaine.

Puis, les ateliers d’Arita découvrent et perfectionnent la technique des émaux polychromes, avec cette découverte les japonais introduisent un nouveau goût que les occidentaux s’arrachent.

Au XVIIe siècle, sous le règne de l’empereur Qing la stabilité,économique et politique est de retour en Chine. Le pays relance sa production de porcelaine en ajoutant, bien sur, les découvertes de la porcelaine IMARI. On assiste donc à la production de porcelaines à émaux polychromes chinoises.

Mais bien que la ressemblance soit frappante il existe des différences notables ; ainsi, les décors sont simplifiés par les ateliers chinois, on constate, également, un changement iconographique des motifs. Moins de représentations animales mais beaucoup plus de motifs végétaux et moins d ’asymétrie des décors. Fait notable,le brassage des découvertes artistiques occidentales et asiatiques influent des deux cotés et on assiste à la production de pièces dotées d’une perspective à l’européenne. De plus les formes des porcelaines chinoises sont de plus en plus proches de la vaisselle occidentale. À noter que la porcelaine polychrome chinoise est d’une meilleure qualité que la japonaise, en effet, plus transparente, plus résistante, elle est l’aboutissement de siècles de savoir faire.

En 1828, l’incendie d’Arita et d’IMARI entraine une raréfaction de la porcelaine japonaise.

En 1853, le Japon s’ouvre aux occidentaux ce qui profite indéniablement aux manufactures et aux ateliers japonais. La porcelaine IMARI est dorénavant davantage destinée à l’exportation. C’est à cette époque qu’elle acquiert ses lettres de noblesse. La palette devient plus sobre, les techniques du bleu sous glaçage « sometsuke » et les couleurs suivantes appliquées directement sur le glaçage « aka-e » font leur apparition. Le coût de production des porcelaines est réduit, elles deviennent donc plus compétitives. Et c’est l’apparition des trois couleurs dominantes, le rouge orangé, le bleu, le fond blanc, le tout rehaussé par l’or. On assiste aussi à la naissance des décors IMARI si connus aujourd’hui, qui sont restés quasi inchangés depuis. S’installe alors une iconographie faisant la part belle aux animaux, (chien, phoenix etc) mais aussi aux plantes ( bambou, chrysanthème, prunus etc).

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