L’œil du collectionneur par Jean-luc Ferrand

Jules FLOUR (1864-1921)

lundi 12 novembre 2012, par Barbara Cogollos

Toutes les versions de cet article : [English] [français]

Huile sur toile, « ARLEQUIN et COLOMBINE », signée J.FLOUR :

Très important tableau de l’artiste Jules FLOUR (1864-1921), célèbre artiste provençal, membre actif du « Groupe des 13 » et professeur à l’école des Beaux Arts d’Avignon.

JPEG - 558.9 ko
« ARLEQUIN ET COLOMBINE »
142 (hauteur) x 111,5 (largeur)

Né le 6 aout 1864, Jules FLOUR est le fils d’un fondeur de Provence. Il montre très tôt une vocation pour l’art. Ses parents, loin de faire taire ses ambitions, l’encouragent dans cette voie. Adolescent, il travaille comme peintre verrier et fréquente l’atelier de Charles GUILBERT. Une fois entré à l’école des Beaux Arts d’Avignon il étudie sous la direction de Gabriel BOURGES et Pierre GRIVOLAS, chef de file des artistes provençaux et peintres de renommée internationale.

Au prix de gros efforts financiers, ses parents l’envoient étudier à l’école des Beaux Arts de Paris, sous la direction de Jean-Léon GEROME ; peintre emblématique de la peinture académique pendant le Second Empire. Grâce aux recommandations de ce professeur, la ville d’Avignon ainsi que le Conseil Général du Vaucluse accordent à Jules FLOUR un soutien financier pour la durée de ses études.

La période parisienne de Jules FLOUR durera 20 ans, pendant ces années il ne cesse d’accroitre sa technique et sa sensibilité picturale. Jean-Léon GEROME, son professeur, le considère comme « un très bon élève ». Malgré les soutiens financiers qui lui sont octroyés, Jules FLOUR subsiste grâce à quelques rares commandes : les « pots-au-feu » comme les appellent les élèves des Beaux Arts. Mais malgré sa précarité pécuniaire il propose à la ville d’Avignon d’offrir, chaque année, une de ses œuvres au fond artistique de la ville en remerciement pour son soutien.

Pendant sa période parisienne, Jules FLOUR garde en tête ses origines, il fait de nombreux voyages en Provence où le succès lui ait acquis, il y réalise de nombreux portraits de notables ainsi que des eaux-fortes. Peu à peu il parvient à s’imposer à Paris, autant pour son talent et sa capacité à parfaitement saisir la psychologie de ses modèles, que pour son incroyable gentillesse. Pendant cette période il rencontre et est aidé par de nombreuses personnalités artistiques de premier plan, notamment le célèbre marchand Paul DURAND-RUEL.

En 1900, sur demande de la mairie, il décore les plafonds de la salle des fêtes d’Avignon. Deux ans plus tard, après la naissance de son fils René-Albert, il est frappé d’une grave maladie oculaire qui l’empêche de graver (à cause des vapeurs d’acide nitrique nécessaires au processus). Lassé de la vie parisienne il cherche à revenir en Provence et prend contact avec l’école des Beaux Arts d’Avignon. A partir de février 1906 il enseigne aux Beaux Arts d’Avignon, d’abord aux premières années et aux filles puis aux troisièmes années. Son succès en Provence est considérable. Portraitiste surdoué, il reçoit de nombreux notables dans son atelier de la rue de Cocagne.

C’est pendant cette période qu’il participe à la naissance du Groupe des Treize dont le but est de promouvoir la vie artistique provençale. Dans ce groupe il tient le rôle de l’autorité morale. Le groupe des Treize expose une première fois en 1912, l’exposition est un franc succès et une seconde fois en 1913.

Pendant la Première Guerre Mondiale, Jules FLOUR, trop vieux pour aller au front, illustre des cartes postales destinées à égayer le moral des troupes et remplace, dans différents établissements, des professeurs partis combattre.

Durant cette période, il transforme son atelier en « tour d’ivoire » et y accueille ses élèves pour des lectures, des discussions artistiques. Il met aussi en place -via l’école des Beaux Arts- des déplacements dans différentes villes de Provence où lui et ses élèves cherchent à saisir la lumière, les paysages et les habitants de cette région. Il tiendra ce rôle de professeur, de guide humble et adroit, jusqu’au 10 février 1921, date de sa mort.

Le travail de Jules FLOUR est tout d’abord caractérisé par l’académisme qu’on lui enseigne aux Beaux Arts. Ses premières peintures sont lisses et précises mais démontrent rapidement un sens subtil de la lumière. Cette capacité à analyser et saisir parfaitement la lumière lui viennent de ses années de peintre verrier. De plus, la perfection de son dessin, la vérité expressive de ses figures font de lui un artiste académique brillant.

Il s’affranchit rapidement des limites dictées par l’académisme, malgré une technique sans faille, Jules FLOUR n’apprécie guère la peinture idéalisée, les grandes compositions historiques ou mythologiques.

Une fois à Paris il est évidemment inspiré par les avants gardes et notamment les Impressionnistes. On retrouve cette influence dans de nombreux tableaux de cette période, notamment « la source du Vaucluse » (Musée Louis VOULAND, Avignon). A partir de ce moment, la lumière devient un élément essentiel de son travail.

Après son retour en Provence, Jules FLOUR reste marqué par les paysages en demi teinte de Paris et bien que la lumière reste la pierre d’angle de son travail, il conserve une retenue chromatique, une subtilité dans le traitement des couleurs et de l’éclairage de ses tableaux qui sont les caractéristiques de son travail. Jamais ses paysages provençaux ne baignent dans une lumière aveuglante, jamais la saturation des couleurs n’enlève au réalisme.

Mais Jules FLOUR doit le succès de ses débuts à ses portraits. Il fait en effet preuve d’une finesse d’analyse, d’un réalisme psychologique qui confère au pur génie. De très nombreux notables, parisiens ou provençaux, feront appel à ses talents de portraitiste. De plus, la figure humaine est présente dans la majorité des tableaux de Jules FLOUR, que ce soit ses enfants, sa femme ou de parfaits inconnus.

Jules FLOUR est donc un artiste qui aura marqué bien plus que sa région d’origine. Son talent, sa philosophie, le soin qu’il pris d’enseigner à ses élèves, font de lui un artiste qui dépasse largement les frontières de la Provence. Il fait partie de ces artistes qui, sans marquer l’histoire de l’art comme ont pu le faire Monet ou Cézanne, on permit à la vie artistiques française de vivre, évoluer et briller.

Le tableau que nous proposons, absent de la rétrospective « intimité » organisée au musée Louis Vouland en 1990, est une des pièces maitresses de l’oeuvre de Jules Flour. C’est une œuvre majeure de l’artiste, aussi bien par sa taille que par son sujet.
Cette toile bien que non datée peut être rapprochée de la fin de la carrière parisienne de Jules FLOUR voir de son retour en Provence. La finesse de la lumière, la précision psychologique du personnage féminin mettent en évidence une parfaite maitrise des outils picturaux. De plus, la touche, rapide et lumineuse, qui n’est pas sans rappeler l’Impressionnisme est caractéristique de la seconde partie de la carrière de Jules FLOUR.

Cette scène représente les personnages de la Commedia Dell’Arte , Arlequin et Colombine. Arlequin est un personnage clé de la Comedia, souvent représenté avec un costume rapiécé (pour symboliser les différentes facettes de son personnage) il est tour à tour valet espiègle ou amoureux transi. Colombine quand à elle est une villageoise, servante ou soubrette, dotée d’un esprit vif. Elle sert d’élément perturbateur dans les triangles amoureux des pièces de la Commedia Dell’Arte. La relation qu’elle entretient parfois avec Arlequin est ponctuée par les récurrentes taquineries qu’elle inflige à ce dernier.

A découvrir aussi