L’œil du collectionneur par Jean-luc Ferrand

Jean Henri RIESENER

lundi 4 février 2013, par Barbara Cogollos

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Jean Henri RIESENER est l’un des plus grands ébénistes de l’Histoire, son style et son talent ont durablement marqué le monde de la décoration et de l’artisanat d’art. Il est réputé comme le maître du meuble Louis XVI. Aujourd’hui, ses créations sont considérées comme un patrimoine exceptionnel.

Jean Henri RIESENER naquît en Allemagne, à Glabdeck, le 4 juillet 1734. Après son arrivée à Paris, il travaille dans l’atelier du célèbre ébéniste allemand Jean François OEBEN et devient un de ses plus proches collaborateurs. Avec la mort prématurée d’OEBEN en 1763, RIESENER prend la direction de l’atelier tout en restant sous le patronage de la veuve d’OEBEN. Cet prise de fonction entraine le départ d’un autre célèbre collaborateur : Jean François LELEU. En effet, ce dernier briguait, lui aussi, le poste attribué à RIESENER.

En 1767, RIESENER épouse la veuve d’OEBEN puis en 1768 il obtient ses lettres de maîtrise et peut donc apposer son estampille sur son mobilier (jusqu’alors il utilisait l’estampille d’OEBEN). Il profite de cette reconnaissance nouvelle pour achever -et signer de son nom- le célèbre bureau du Roi Louis XV commandé à OEBEN en 1760.

A partir de là, RIESENER connait un succès considérable. Son œuvre, d’une grande diversité et la qualité somptueuse de ses réalisations lui ouvrent toutes les portes.

En 1774, avec l’intronisation de Louis XVI, RIESENER reçoit le titre de fournisseur ébéniste ordinaire du Roi et du mobilier de la couronne. Cet honneur suprême lui octroie les commandes de la cour pendant 10 ans. Il livre pour de très nombreuses demeures royales ainsi que pour des cours étrangères, pour les domaines du Duc d’Orléans, du comte d’Artois, de Mesdames les Tantes du Roi etc.

En 1776, la femme de RIESENER décède, il se remarie en 1783, en parallèle, ses affaires déclinent. Ses prix sont jugés « excessifs et même ridicules » par Thierry De Ville d’Avray le nouvel intendant général du garde meuble du Roi. Finalement, RIESENER est remplacé par Guillaume BENEMAN, seul Marie-Antoinette, profondément attachée à l’oeuvre de RIESENER continue de lui passer commande.

Pendant la Révolution RIESENER se retrouve sans clients. Avec l’aide des peintres DAVID et ROBERT, RIESENER est chargé de mettre en place une commission afin d’évaluer et de vendre les œuvres d’art saisies dans les demeures nobles pillées ou abandonnées. RIESENER profite de cette occasion pour racheter à bas prix certains de ses meubles afin de les revendre. Hélas, la Révolution et ses bouleversements ont fait évoluer le goût pour la décoration et RIESENER ne parviendra à revendre aucun meuble.

La carrière de RIESENER est terminée, sous l’Empire il produit quelques meubles sans grand intérêt puis en 1801 son atelier ferme définitivement.

RIESENER connût la gloire notamment grâce à l’exceptionnel bureau de Louis XV commencé par OEBEN en 1760 qu’il achève et livre en 1769. Ce bureau rencontre un succès colossal et est copié de nombreuses fois et par les plus grands ébénistes jusqu’au XXe siècle (Dasson, Lincke etc). Après la livraison de ce bureau, RIESENER s’oriente rapidement vers le style néoclassique de Louis XVI. Ses meubles deviennent très architecturés, compartimentés en larges panneaux d’acajou encadrés de bronze doré. Les montants de ses secrétaire sont concaves ou à pans coupés. Pour ses bronzes, RIESENER fait appel aux meilleurs artisans de son temps : Duplessis, Gouthière, Forestier etc. Même ses bronzes les plus simples, les plus discrets offrent une ciselure et une fabrication absolument impeccable.

La production de RIESENER est très variée. Il produit aussi bien des meubles compliqués, chargés de bronze et de larges panneaux de marqueterie, notamment ses commodes, que des meubles beaucoup plus sobres et fonctionnels comme ses secrétaires. Ces derniers, compartimentés et soulignés de bronzes sont une des spécialités de RIESENER, il en produisit de toutes sortes, notamment pour ses commandes privées. Simplement habillés d’acajou, ces meubles étaient en bois mouluré ou sculpté, sobrement orné de bronze afin de souligner l’architecture. En outre, ces productions étaient toujours d’une proportion parfaite et de très grande qualité.

Aujourd’hui, les meubles estampillés RIESENER font partie du fleuron des collections les plus prestigieuses du monde. Citons notamment les collections du musée de Chantilly, du château de Versailles, du musée Carnavalet, de la Wallace collection à Londres ou du Metropolitan Museum à New York City.

En ce qui concerne les salles des ventes, les meubles de RIESENER font régulièrement la une des enchères. Citons entre autre un secrétaire à abattant en acajou d’époque Louis XVI adjugé 262 663$ chez Christie’s le 28-29 Avril 2000 à Monaco et un autre secrétaire à abattant en acajou, estimé 50 000-60 000€ chez Pescheteau- Babin à Paris et adjugé 132 000€ le 10 juin 2010.

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