L’œil du collectionneur par Jean-luc Ferrand

Huile sur toile « Jeune Courtisane » signé au dos sur le châssis Mayer

jeudi 4 mai 2017, par Barbara Cogollos

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Il vit en Hongrie entre 1860 et 1863, où il travaille comme peintre de scènes de théâtre. Ses tableaux sont conservés dans le Museum Wien (1887-2003 Historisches Museum der Stadt Wien), dans la Gemälde Galerie Wien, et dans la Liechtenstein Gallery, Vaduz.

L’huile sur toile présentée ici, qui contient une indication à l’encre « GEORG MAYER » sur le châssis, a récemment été attribuée au peintre viennois sur la base de cette inscription. Cependant, il est en marge des thèmes les plus communs de la production du peintre. Il représente une jeune courtisane, peut-être une femme de harem, habillée à la turque, dans le goût de la peinture orientaliste.

En vogue à la fin du XVIIIe et au cours du XIXe siècle, ce mouvement satisfaisait le désir d’exotisme et d’orient qui inspirait le goût de la société européenne à l’époque. Plusieurs peintres orientalistes, cependant, n’ont jamais visité l’Orient et ont présenté des personnages, des atmosphères, des scènes de vie du monde arabe et du Moyen-Orient, toujours pleins de charme, de mystère et souvent aussi d’une certaine sensualité. C’est une tendance romantique à voir dans le monde exotique un environnement exempt des conventions bourgeoises et le harem était l’un des fantasmes les plus communs.

En ce sens, la femme représentée dans notre peinture exhale une certaine sensualité, démontrée par le regard attrayant et par la transparence de ses vêtements. Notre toile est clairement à rapprocher des odalisques du célèbre peintre italien NATALE SCHIAVONI (Chioggia 1777 - Venise 1858).

Portraitiste bien connu à Milan sous le vice-royaume d’Eugène de Beauharnais et puis à la cour de l’empereur François Ier à Vienne, il retourne à Venise, sa patrie, en 1824. Il s’installe alors au palais Giustiniani, où il mène « une vie de prince ». Ses contemporains appellent SCHIAVONI « le peintre de la grâce » en raison de ses portraits de femmes jolies et élégantes, influencés par les modèles de la Renaissance.

Notre portrait partage de nombreux éléments avec un tableau de SCHIAVONI apparu sur le marché italien depuis quelques années : la posture au bord d’une table habillée de velours, la richesse de la robe qui révèle les perles autour du poignet, la légèreté des voiles qui permettent d’apercevoir la poitrine, le riche « tarbouche » placé sur la tresse et le visage légèrement incliné.

Mais le regard de notre courtisane est encore plus accrocheur, lui conférant une personnalité très forte et reconnaissable. Ajoutez à cela l’assurance, la vitesse, la précision de la touche et l’utilisation de la couleur, qui confirment l’origine de cette œuvre peinte sans nul doute de la main d’un grand artiste.

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