L’œil du collectionneur par Jean-luc Ferrand

Estampille TAHAN

vendredi 29 mars 2013, par Barbara Cogollos

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En 1852, Napoleon III proclame l’Empire, il décide de faire de Paris une capitale moderne et novatrice. Il charge le baron Haussmann de la mise au point des plans. C’est une période de croissance et de satisfaction, la grande bourgeoisie mène la révolution industrielle, une classe sociale composée de famille bourgeoise très aisée apparaît, sur les Grands Boulevards on voit naître les Grands Magasins, c’est aussi le temps des grandes Expositions Universelles et le commerce mondial explose. Les travaux d’Haussmann entrainent une rénovation sans précédent du cadre de vie parisien, les appartements se font plus spacieux, plus lumineux, le concept d’ameublement complet apparait (un ensemble d’une même série destiné à une même pièce).

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(Longueur) 97 cm x (Hauteur) 180 cm x (Profondeur) 50 cm

Le règne de Napoleon III met aussi en place de nouveaux impératifs esthétiques directement liés à l’étalage du luxe. Avec la révolution industrielle et la production en série de mobilier, un fossé apparaît entre la production de mobilier destinée à la petite bourgeoisie et celle destinée aux hautes classes sociales. Ces dernières bénéficient du savoir faire et du talent de très grands artisans, ébénistes ou décorateurs (Janselme, Fourdinoix etc). Depuis les années 1840 c’est aussi l’apparition de l’éclectisme, les ébénistes et artisans disposent désormais de recueils de grammaire ornementale et empruntent à différents styles pour un même meuble. On voit apparaître des copies parfaites de meubles de maître et bien que la réalisation soit virtuose, on note une certaine « froideur » du dessin. Les meubles de style des grands ébénistes de l’époque côtoient dans une même pièce les créations de Riesener ou Oeben. On produit beaucoup de petits meubles précieux et maniérés, des petites tables, des caches pots, des tabourets etc... Sous l’impulsion de l’impératrice Eugénie et de sa passion pour Marie Antoinette les ébénistes redécouvrent et réinterprètent le style Boulle. En ce qui concerne les tissus et les tapisserie, la mode est aux lourds ensembles, aux plis complexes et surchargés de passementerie. On les veut rouge et vert ou bien une nuance de violet bordée de beige ou encore noir et or pour s’accorder avec la couleur des meubles en ébène. On emploi souvent la pierre dure, le laiton ou la nacre pour contraster avec la pâleur du bois ou de l’ivoire.

On note aussi l’invention et la mise au point d’un nombre incroyable de sièges, plein de ressorts ou de mécanismes ces fauteuils sont souvent de grande dimension.

De nouveaux matériaux font leur apparition, la fonte, le papier mâché etc. La période Napoléon III est le triomphe de toutes les techniques et de tous les styles.

Jean Pierre Alexandre TAHAN est issu d’une lignée d’artisans et de travailleurs du bois. Son père, Pierre Lambert TAHAN né en Belgique, à Spa et arrive à Paris en 1804. Il ouvre une boutique dans le VIe puis dans le VIIe arrondissement. Il est installé comme ébéniste tabletier. En 1813 né Jean Pierre TAHAN. Il commence rapidement à travailler avec son père pour devenir ébéniste. Grâce aux conseils de son père, il apprend le fonctionnel sans délaisser l’esthétique. En 1837 il est officiellement associé avec son père et sa carrière personnelle ne débutera qu’après le décès de ce dernier en 1844. Libre d’agir comme il l’entend, J.P.A TAHAN s’installe rue de la Paix mais laisse l’atelier familiale rue de Quincampoix. Tout en conservant sa spécialité de petits nécessaires, de boites et de petits meubles TAHAN démarre une production de « gros » meubles (commodes, bonheur du jour etc). Fort du succès de ses productions Jean Pierre TAHAN ouvre un deuxième magasin rue Basse du Rempart. Dès 1845, TAHAN utilise les annonces commerciales, pratique et encore mal vue à l’époque. Le succès de TAHAN est considérable, en décembre 1861, le journal La chronique des Arts et de la Curiosité publie « Une visite chez TAHAN » dans cette article il est écrit : « C’est un de ces magasins qui n’accueillent que des objets de choix. Chez l’un de ces fabricants qui devancent la mode et donnent le ton au lieu de le subir » ou encore « Un meuble de TAHAN c’est un bonheur de chaque jour puisqu’il charme les yeux à toute heure, soit par la grâce du contour soit par l’art exquis des incrustations, soit par la belle couleur du bois ou des peintures » (dans L’Artiste, revue de Paris 1817). TAHAN est rapidement connu et célébré pour sa créativité, son talent et sa recherche permanente de nouveaux matériaux et de techniques nouvelles. TAHAN remporte de nombreuses médailles aux différentes expositions : une médaille d’argent en 1849 et une médaille d’or en 1867. Pendant l’exposition Universelle de 1855 il présente notamment une exceptionnelle volière sculptée de rameaux feuillagés et d’oiseaux en vol.


TAHAN devient un des fournisseur privilégié du Garde Meuble Impérial de Napoléon III avec notamment des boites de Whist en ébène et des jardinières en bois de rose mais aussi une table de salon ovale avec bronze doré, style Louis XVI pour le palais des Tuileries ou encore une console étagère en acajou et bronze doré, style Louis XVI pour le bureau de l’Empereur. Il est aussi très apprécié des riches dames de qualité, la vicomtesse de Renneville écrit à son propos dans L’illustration, Journal Universel : « (…) TAHAN est aussi riche que l’imagination capricieuse d’une femme ».

Jean Pierre Alexandre TAHAN s’installe donc dans les beaux quartiers, il anticipe avec brio la migration des classes sociales supérieures vers les nouveaux quartiers haussmanniens. Il fournit quantité de meubles de qualité exceptionnelle à des très nombreuses familles aisées. Il engage lui même ses ciseleurs, bronziers etc. Il travaille notamment avec Eugène CORNU, dessinateur-créateur.

Les ateliers TAHAN utilisent souvent le bois de rose pour des petits meubles (console ou bonheur du jour), on note aussi une grande importance accordée aux plaques de porcelaines, notamment en association à l’ébène, au poirier noirci ou au palissandre.

A noter qu’en plus de son statut d’ébéniste et de chef d’entreprise, Jean Pierre Alexandre TAHAN est aussi l’inventeur du pupitre à cylindres. Conçu pour être placé sur une table, TAHAN déposera le brevet de ce meuble et obtiendra le droit à l’exclusivité pour 15 ans.

La fabrique TAHAN continuera à produire des meubles de très grande qualité et se posera comme une des meilleures maisons d’ameublements du Second Empire jusqu’à sa fermeture en 1882. Jean Pierre Alexandre TAHAN disparaît en 1892.

Icône d’une époque de richesse et de raffinement extreme, les meubles de TAHAN sont des pièces de très grandes qualité, d’un goût certain et sont très prisés des collectionneurs et des ventes aux enchères. Comme par exemple une petite table Napoléon III en bois de rose et émaux adjugée 22 800€ le 19 décembre 200è chez Christie’s Amsterdam.

  • RAVISSANTE ARMOIRETTE DE STYLE LOUIS XVI, ESTAMPILLEE TAHAN, EPOQUE (...)

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