L’œil du collectionneur par Jean-luc Ferrand

La maison DENIERE

jeudi 12 avril 2012, par Barbara Cogollos

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Ravissante pendule en bronze doré, très finement ciselée, à décors de sphinx, rameaux d’acanthe et pot à feu, repose sur une base en marbre soutenue par un piétement lui aussi en bronze doré, cadran richement ouvragé et signé DENIERE.

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EXCEPTIONNELLE PENDULE CAGE EN BRONZE DORE, SIGNEE DENIERE
(hauteur) 78cm x (largeur) 50cm x (profondeur) 22,5 cm

Jean François DENINGER dit DENIERE est né en 1774, il débute sa carrière comme tourneur sur métaux. Il s’associe avec Thomas MATELIN à la toute fin du XVIIIe. En 1808, ils fondent un atelier commun sous le nom « DENIERE ET MATELIN ». Ils se spécialisent dans les petits objets en bronze (pendules, candélabres etc), tous fabriqués de manière purement artisanale. Leur atelier acquiert rapidement une très bonne réputation, notamment pour la qualité de leur réalisation et de leurs alliages.

Dès 1817, DENIERE acquiert un appartement au 15 rue Vivienne à Paris, dans l’actuel 2e arrondissement. Cet appartement lui sert aussi de boutique, l’atelier reste installé rue d’Orléans au marais (l’actuelle rue Charlot). En 1820, DENIERE rompt son partenariat avec MATELIN et continue la production de bronze seul. Néanmoins, DENIERE travaille avec de très nombreux artisans reconnus de l’époque, notamment J< avec qui il réalise de nombreuses pendules, toutes honorées pour la précision de la ciselure du bronze. Puis rapidement, le talent de DENIERE lui octroie des commandes parmi les plus prestigieuses : en 1819, DENIERE fait partie des artisans qui conçoivent et réalisent le berceau de parade du jeune Duc de Bordeaux, aujourd’hui conservé au musée des Arts Décoratifs (voir annexe photographique), en 1825 DENIERE exécute les bronzes de la voiture de Sacre de Charles X (voir annexe photographique).

Avec l’industrialisation, DENIERE passe à la production en série et à la copie de meubles de style, ce qui lui permet d’élargir sa clientèle, mais malgré tout, les productions DENIERE restent caractérisées par leur qualité de ciselure, de matériaux et de conception. En parallèle de ces productions « en série », DENIERE continue de réaliser avec ses ouvriers de véritables chefs d’oeuvres d’artisanat d’art. Destinés aux cadeaux diplomatiques, aux riches familles royales puis impériales, ces objets, telle notre pendule, sont l’exemple parfait du savoir-faire d’un des plus grands bronziers de l’histoire de France.

Durant toute sa carrière, DENIERE participa brillamment à de nombreuses expositions. Notamment les expositions des produits de l’industrie pour lesquelles il est récompensé d’une médaille d’or en 1823 et 1827, il est aussi fait chevalier de la Légion d’Honneur. En avril 1845, il obtient le titre d’Officier de la Légion d’Honneur.
En 1843, Jean François DENIERE s’associe à son fils Guillaume, à qui lègue l’entreprise en 1849. DENIERE disparaît le 19 aout 1866 en laissant à son héritier la somme colossale de 722 266,86 francs.

Guillaume DENIERE reprend avec succès l’entreprise de son père, la clientèle reste fidèle et les commandes prestigieuses. Ainsi, c’est des ateliers DENIERE que sort le groupe en bronze doré « Apollon et les muses » présent sur le toit de l’opéra Garnier. Guillaume DENIERE assure la prospérité et la réputation d’excellence de l’entreprise jusqu’à sa mort en 1903.

La pendule que nous proposons fait partie des productions exceptionnelles de la maison DENIERE, copiée sur un modèle de Ferdinand BERTHOUD, horloger et mécanicien de Marine de Louis XVI. Elle est d’une qualité remarquable, la finesse de ciselure, l’équilibre et la beauté de la composition en font une pièce absolument rarissime. C’est un modèle extrêmement raffiné, reflet d’une parfaite maitrise de l’artisanat d’art au XIXe.
Ce modèle de pendule a, par la suite, était acheté par certains des plus talentueux décorateurs ou ébénistes, notamment LINKE (reproduite dans l’ouvrage : « François Linke, the Belle Epoque of french furnitures », par Christopher PAYNE pour Antique collector’s club).

Ce modèle prestigieux, dont il ne subsiste que peu d’exemplaires a été présenté en salle des ventes déchainant les enchères, notamment chez Christie’s London. La pendule été accompagnée de ses deux chandeliers et a été adjugée 390 101$ le 20 septembre 2012.

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