L’œil du collectionneur par Jean-luc Ferrand

Charles Guillaume DIEHL (1811-1885)

vendredi 27 avril 2012, par Barbara Cogollos

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Le contexte

Le style de mobilier de l’époque Napoléon III oscille entre lourdeur et gracilité, richesse ostentatoire et banalité, matériaux rares et production en série. C’est un style de contrastes tout en oppositions et en diversité, tout comme la période de son apparition.

Après la révolution de 1848 et les horreurs qui en découlent, la France veux briller dans tous les domaines et tente de reconquérir en ameublement, l’inventivité et la richesse qui la caractérisait tant. La cour donne le ton avec l’aménagement massif de ses palais : les Tuileries , St Cloud, Compiègne, Fontainebleau et leurs réceptions luxueuses.

La France est alors le banquier de l’Europe et l’essor des industries développe de nouvelles couches sociales, on voit apparaître une petite bourgeoisie qui demande sa part de luxe. D’où l’essor du papier mâché et de matériaux moins précieux comme le coquillage ou le poirier noirci. On dit que le style sous Napoléon III est « un style fait de tout les styles ».

Biographie

Né à Steibach en Allemagne en 1811, marié en France à Zoé Philippe Vavaseur, Diehl s’établit à Paris en 1840 et ne sera naturalisé français qu’en 1872.

Il commence sa carrière d’ébéniste au 170 rue saint Martin. Sa boutique se situe alors au numéro 16 de la rue Michel le Comte puis au numéro 21 et enfin 19 de cette même rue. Ses ateliers sont situés au 39 rue st Sébastien et en 1870 ils compteront 600 employés.

Diehl est répertorié pour la première fois dans l’almanach du commerce en 1850.

Cet ébéniste gagne différents prix, en 1855 il obtient la médaille de bronze à l’Exposition Universelle puis une nouvelle fois en 1867. En 1869 il gagne la médaille d’honneur à l’exposition de l’Union Centrale, puis, en 1873, il gagne la médaille du progrès à Vienne.

Sa production

Champion des styles antiques remis au goût du jour, Diehl ajoute à son savoir faire exceptionnel une science du décor poussée et n’hésite pas à utiliser les éléments les plus coûteux de l’époque : bois rares, bronzes finement ciselés ou tapisseries de grandes manufactures. Son travail est représentatif du rôle considérable de la sculpture dans les meubles de l’époque, on retrouve foule de motifs taillés dans le bois ou modelés dans le bronze : griffes de lions, amours, naïades…

Sa recherche historique est poussée, ce qui l’empêchera de tomber dans les travers du style pastiche. De sa production on dit que « ses petits coffrets, boites à jeux et à gants représentaient une industrie de grande importance à la tête de laquelle la maison Diehl s’est placé ».

Dans les salons, il présente des petits meubles « riches et gracieux » et d’autres monumentaux dans le style de Boulle.

La division du travail fait perdre aux ébénistes toutes initiatives individuelles mais il demeure quelques artisans qui, faute d’assurer l’entière production de leurs meubles, restent très attentifs à la production et au rendu de celles ci, c’est le cas de Diehl.

La diversité du style Napoléon III provoque des travaux de mauvais goût où l’imagination et l’inventivité sont au point mort, mais les ébénistes comme Diehl resteront loin des clichés.

A l’Exposition Universelle de 1855 on dit que son imagination lui permet de « prendre son bien partout où elle le trouve, de faire profit de toutes les idées acquises, de toutes les formes connus et de les grouper harmonieusement »

Il faut aussi retenir de Diehl que son chef ébéniste, Kowallewski, était le meilleur ébéniste de l’époque.

Particularités

On associera souvent le travail de Diehl à celui de Boulle » tant il s’inspire de l’œuvre de son prédécesseur.

Diehl affectionne particulièrement le bois de rose, de thuya et le bois de loupe en placage ou en massif.

La marqueterie est moins présente que l’application de bronze, du moins elle fait l’objet d’un réel soin. On retrouve régulièrement des marqueteries florales claires sur des meubles foncés, décorations romantiques particulièrement appréciés de la bourgeoisie de l’époque.

L’art du bronze suscite un vif intérêt au 19ème siècle, les meubles de Diehl en sont majoritairement ornés mais il affectionne aussi les plaques de porcelaines, celles ci sont généralement décorées de motifs floraux.

La multiplicité des modèles d’inspiration finit par former un style propre au second empire que Diehl représente particulièrement, les facteurs techniques lui permettent de rendre homogène des styles disparates.

Signatures

Les meubles de Diehl sont régulièrement estampillés mais peu souvent datés. On remarque que l’adresse estampillée est celle de sa boutique et non de son atelier.

Charles Guillaume Diehl, la côte

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Bonheur du jour en placage de loupe et citronnier
Vente aux enchères du Vendredi 24 octobre 2003 chez TAJAN
Adjudication à 3000 euros
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Petit meuble à hauteur d’appuis
Vente aux enchères du Dimanche 14 décembre 2008 chez Mercier et Cie
Estimé à 18 000 euros
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Secrétaire de pente de style Louis XV en placage de bois de rose
Vente aux enchères du Samedi 30 octobre 2010 chez ArtCurial de Deauville
Estimé à 3200 euros
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Guéridon violoné en placage de bois noirci et marqueterie "Boulle" sur fond d’écailles rouges
Vente aux enchères du Samedi 25 juin 2011 à Boulogne sur Mer
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