L’œil du collectionneur par Jean-luc Ferrand

Alexandre MASSON et l’Orientalisme

mardi 5 février 2013, par Barbara Cogollos

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Cette œuvre orientaliste de Alexandre Charles MASSON est tout à fait typique du courant esthétique qui traverse l’Europe pendant le XIXe et le début du XXe siècle. Pour Victor HUGO : « dès 1829, l’Orient n’a de cesse de féconder la création artistique du XIXe ». Avec le développement des voyages, des événements politiques, les contacts avec le monde musulman sont de plus en plus nombreux. Mais cet intérêt des artistes pour l’esthétique orientale est encore plus vieux. Dès 1704, Antoine Galland traduit le célèbre ouvrage : Les Milles et Une Nuits et éveille l’imagination de nombreuses générations d’artistes.

Puis au XIXe, les politiques d’expansion européenne contre l’Empire Ottoman, comme la campagne d’Egypte de Bonaparte, entrainent des découvertes et des échanges constants entre l’Orient et l’Europe. De très nombreuses images, illustrations, antiquités etc parviennent en Europe. Notamment grâce aux chroniqueurs qui accompagnent les grandes initiatives occidentales en Orient. Des personnalités comme Dominique VIVANT DENON (diplomate et graveur français) accompagnent les campagnes de Bonaparte, dessinent ou peignent les différents événements, lieux ou personnalités rencontrées. Tout ces dessins, gravures et peintures sont ensuite compilés et publiés dans des recueils (ex : « Voyages dans la Haute et Basse Egypte pendant les campagnes du général Bonaparte » 1802, par D.VIVANT DENON) qui enflamment l’imagination de nombreuses générations de peintres et de décorateurs.

Avec le mouvement indépendant grec, la révolution à partir de 1821 et le mouvement philhellenistique (participation active de ressortissant étrangers à la libération du peuple grec alors dominé par l’Empire Ottoman) qui s’ensuit, les français se rapprochent de l’Orient et de ses merveilles. Ces événements exaltent l’inspiration des artistes pour la Méditerranée.

En 1830, la prise d’Alger rend familières les côtes d’Afrique du Nord. De là partiront de nombreux convois ou expéditions destinés à connaître et à comprendre le monde oriental. Dans les milieux artistiques, on constate à cette époque l’apparition du fameux « Voyage d’Orient », sorte de rite initiatique destiné à élargir les inspirations. Lors de ces voyages, les artistes doivent appréhender une nouvelle sensibilité, comprendre et restituer des langages visuels différents. Pour les artistes, l’orientalisme c’est « la rencontre de l’autre et de soi ».

De plus, de très nombreuses découvertes archéologiques, qui aboutissent souvent à des publications ou des expositions, entretiennent cette passion pour le monde Arabe, même chez les jeunes artistes n’ayant pas la possibilité de se rendre en Orient. De ce fait, l’Orientalisme connait un très grand développement chez la majorité des artistes et se répand dans les ateliers parisiens et provençaux.

De très nombreux artistes majeurs sont marqués par l’Orientalisme tout au long du XIXe et du XXe siècle : Ingres (La grande Odalisque 1814 ), Delacroix (Femmes d’Alger dans leurs appartements 1834), Majorelle etc.

Les artistes qui partent pour le « Voyage d’Orient » découvrent les incroyables lumières et l’éclat particulier du monde Arabe. Eugène FROMENTIN déclarera : « Je n’ai, pour ainsi dire, pas de nuit ». Les peintres commencent d’abord par représenter des scènes de batailles orientales, réinterprétation de l’esthétique du monde musulman sur le modèle de la peinture historique européenne, avant de se concentrer sur la lumière, l’architecture, le mode de vie et les habitants. C’est de cette seconde partie qu’est issu le tableau que nous proposons.


Le succès de l’Orientalisme en Europe est immédiat et remplace très rapidement les « turqueries » du XVIIIe siècle. Même les arts décoratifs ne sont pas épargnés comme par exemple les créations d’Emile Gallé basées sur des modèles envoyés par Victor Prouvé.

En 1893, c’est la consécration avec la création de la Société des peintres orientalistes français qui veulent « fondre en un même résultat la cause coloniale, la beauté de l’Orient et la puissance de la IIIe république. »

Puis au fil du temps, les représentations de l’Orient perdent de leur énergie belliqueuse puis de leurs lumières pour aboutir à une esthétique moins sémillante qui finira par disparaître.

Alexandre Charles MASSON fût un peintre parisien reconnu. Il né au XIXe siècle, à Paris et fait partie de cette génération d’artiste qui donnèrent ses lettres de noblesses à la peinture du XIXe, tel Jean Léon Gerôme. Bien que né à Paris, Alexandre MASSON se prend rapidement d’affection pour les paysages côtiers. Notamment ceux de Bretagne.

Il fût, lui aussi été influencé par l’Orient, bien qu’il soit surtout reconnu pour ses peintures de bord de mer et ses représentation de femmes et d’élégantes. L’oeuvre que nous proposons est un des rares exemples de ces travaux orientalistes. En effet, Alexandre MASSON à produit quelques toiles orientalistes, généralement occupées par des femmes dans des taches du quotidien (tissage, filage etc). L’oeuvre que nous proposons est un bon exemple de la sensibilité lumineuse des peintres orientalistes, cet intérêt pour l’architecture, le mode de vie d’une région du monde encore méconnue et pleine de secrets merveilleux.

Alexandre Charles MASSON exposa régulièrement au salon des Artistes Français (mention honorable en 1906).

Cette toile met en avant l’influence colossale d’un mouvement pictural audacieux qui a influencé de très nombreux artistes pendant un siècle.

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