L’œil du collectionneur par Jean-luc Ferrand

ARBUS André

jeudi 21 avril 2016, par Barbara Cogollos

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Œuvre du célèbre décorateur André ARBUS (1903-1969), ces fauteuils sont typiques de sa période de maturité artistique. Ils reprennent l’esthétique classique si chère à ARBUS. Notons le soin tout particulier apporté aux proportions et aux formes. ARBUS, ébéniste de formation met un point d’honneur à concevoir des meubles à taille humaine. Très influencé par les styles classiques, il les dépouille de leurs sophistications pour n’en retenir qu’une idée, un détail. Le modèle que nous vous proposons cette semaine est un des modèles emblématique des créations d’André ARBUS.

André ARBUS naît à Toulouse en 1903 dans une famille d’ébénistes traditionnels qui lui livrent tout les secrets du métier. C’est au contact de ces représentants de la plus pure tradition stylistique que le futur décorateur acquiert une connaissance pointue des styles, matériaux et surtout des proportions du mobilier.

Après s’être détourné d’une carrière militaire, André ARBUS entame des études à l’école des Beaux Arts de Toulouse. C’est dans cette école qu’il rencontre certain de ses futurs collaborateurs, notamment le peintre Marc Saint –Saëns avec qui il se lie d’une profonde amitié.

Après son diplôme des Beaux Arts, ARBUS commence par succéder à son père mais il ne parvient pas à rencontrer un véritable succès avec la création de mobilier classique. Il comprend que la simple copie d’ancien est un aveu d’impuissance. Il admire tout d’abord les pionniers de l’école de Nancy et l’esthétique flamboyante de l’Art Nouveau, les lignes florales, l’utilisation de la couleur ainsi que le rythme des lignes courbes avant de s’installer à Paris et de se rapprocher de la Compagnie des Arts Français.

En 1925 André ARBUS participe à l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et y expose une coiffeuse réalisée en collaboration avec Marc Saint-Saëns.

Dès le début de sa carrière de décorateur parisien, André ARBUS se sent proche de la Compagnie des Arts Français fondée par Süe et Mare en 1919. Conçu comme une réponse à l’Art Nouveau, les artistes de la Compagnie des Arts Français cherchent à créer un mobilier durable, logique et accueillant. En se basant sur un retour aux formes classiques qu’il connaît parfaitement, André ARBUS commence à mettre au point sa grammaire stylistique. Il théorise un « rappel à l’ordre » esthétique, un retour à la tradition décorative française.

André ARBUS se réapproprie les formes et les styles classiques, notamment le style Louis XVI, mais les modifie pour ne garder qu’une silhouette, un détail. Malgré sa proximité avec la Compagnie des Arts Français, ARBUS est profondément opposé au fonctionnalisme froid et pauvre alors en place dans le courant Art Déco.

A l’époque où le verre et le métal sont les matériaux phares dans l’industrie de la décoration, ARBUS reste farouchement attaché au bois qu’il considère comme le matériau créatif par excellence, il déclarera plus tard à un de ses élèves : « Songe au métier que tu as choisi. Il te rend à l’égal de Dieu. Il a fait l’Homme à son image. Tu feras le meuble à la tienne. Mais lui n’avait que l’argile et toi tu as toute la forêt ». ARBUS affectionne les ornements de laiton ou de bronze doré ainsi que l’ivoire. Proche des positions idéologiques de l’Union des Artistes Modernes, diamétralement opposé aux convictions esthétiques du Corbusier ou de Adolf Loos, ARBUS laisse une place importante à l’ornement qui, selon lui, fait partie intégrante de l’esthétique générale du mobilier.

Très influencé par la célèbre phrase de Léonard de Vinci : « L’Homme est la mesure des choses » ARBUS conçoit l’habitation comme un lieu de repos, un cadre de vie où tout est pensé pour embellir et humaniser l’espace. il cherche avant tout l’harmonie, la modestie des tailles humaines et logiques. Pour lui, la demeure doit contribuer à engendrer la paix et le bonheur de ses habitants. Il fuit les excès de somptuosité et recherche la perfection dans chaque détail.

André ARBUS est aussi très attaché aux métiers d’arts (tapisserie, céramique etc) et il ne manque pas de les utiliser dans ses ensembles. Il parcourt lui même la France à la recherche de l’artisan céramiste, émailleur ou tapissier dont il a besoin pour une création. Il conçoit les métiers d’arts comme le front de résistance ultime à l’époque de la machine, de l’industrie et de la grande série. Plus porté sur le meuble d’exception que le meuble d’édition Arbus accepte mal la demande de Guillaume Janneau, l’administrateur du Mobilier National qui recommande aux décorateurs de démocratiser leur production via l’édition en série. Sa réponse est sans appel : « De grâce, Monsieur Janneau, laissez, en attendant mieux, le décorateur travailler pour l’élite qu’il choisit ou, hélas, pour celle dont il rêve ».

En 1937, André ARBUS expose deux ensembles différents à l’Exposition Internationale des Arts et Techniques de la vie moderne : un intérieur destiné à une famille aux revenus moyens et un intérieur luxueux dans lequel André ARBUS laisse libre cours à son goût pour les grands espaces et les matières haut-de-gamme (écaille de tortue, feuille d’or, laque etc).

Après la Seconde Guerre Mondiale, ARBUS réalise divers meubles d’apparat offert par le Général De Gaulle au régent de Belgique. A partir de 1947 ARBUS est soutenu par Michelle Auriol, femme du président de la république, qui lui commande de nombreux ensemble pour le Mobilier National, les ministères et le Palais de l’Élysée où il décore notamment la chambre Royale ainsi que les Grands Appartements de réception. André ARBUS signe aussi la décoration de nombreux paquebots de luxe comme le Bretagne, le Vietnam ou le France ainsi que la réalisation d’une armoire à bijoux pour la princesse Élisabeth d’Angleterre. En 1958 il décore le cabinet de l’ambassadeur de France à Washington, la même année il reçoit le Grand Prix de l’Exposition Internationale de Bruxelles.

À partir des années 50, ARBUS s’oriente vers la sculpture et expose régulièrement aux Salons des Tuileries et aux Salons d’Automne. Il est élu en 1965 à l’académie des Beaux Arts et meurt 4 ans après en 1969. André ARBUS a eu une des carrières les plus prolifiques de l’histoire des décorateurs français.

Nommé officier de la Légion d’Honneur, officier de l’Ordre du Mérite et officier des Arts et des Lettres, André ARBUS reste l’un des décorateurs français les plus appréciés, ses œuvres battent régulièrement des records en salle des ventes comme le 10 juin 2015 chez Christie’s où une paire de fauteuils très proche de la paire que nous vous proposons ont été adjugés 20 000$ (18000euros).

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